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J’existe par ou pour l’autre ?

“J’existe par l’autre” ou “j’existe pour l’autre” ?

Quand “j’existe par l’autre”, j’attends d’être de la part de l’autre, je suis dépendant d’une autorisation, d’un signe, d’une reconnaissance qui me donne vie par ce lien avec l’autre.
Quand “j’existe pour l’autre”, je m’autorise à être par moi-même, je peux donner et recevoir, être en relation avec l’autre en étant moi-même, sans dépendance.

Passer du lien à la relation implique d’exister indépendamment de l’autre, indépendamment de ce lien qui, s’il est rompu, réveille les peurs d’abandon et de rejet.

Etre en relation, c’est donner sans attendre et recevoir sans crainte. L’autre a le droit de refuser ce qui lui est donner sans que le sentiment de rejet puisse se manifester. L’autre a le droit de recevoir et de ne pas exprimer sa gratitude sans que le sentiment de non reconnaissance ne se manifeste.

Le niveau d’indépendance, et donc de dépendance, ne se mesure pas dans la joie de ce que vous recevez mais dans la douleur de ce que vous ne recevez pas.

La relation est faite d’échanges qui l’enrichissent des échos qu’ils induisent mais qui ne peut être affaiblie de l’absence de réponse à ce qui se produit.

Un enfant, qu’il ait été désiré ou non, existe et nul besoin d’autorisation pour cela. Quand ses besoins vitaux étaient de la responsabilité parentale, la pulsion de vie s’exprimait en tissant des liens de dépendances forts et la pulsion de mort se frayait un chemin dans les peurs qui s’enracinaient auxquelles il fallait s’adapter.

Devenu Adulte, l’enfant trouve sa propre responsabilité à être et combler ses besoins vitaux, quand il a pu dépasser ses peurs, en favorisant sa pulsion de vie dans sa relation à l’autre.
Quand les peurs sont trop fortes, il lui arrive de transmettre sa responsabilité à un substitut parental en maintenant un lien de dépendance et réagissant ainsi à ses pulsions de mort en cherchant Sa protection.

Où se trouve le besoin de l’autorisation parentale, le besoin de l’autre pour exister ?

“J’existe par l’autre”, est une adaptation aux blessures en demandant la reconnaissance protectrice de l’autre.
“J’existe pour l’autre”, est une affirmation d’exister par soi-même avant de partager les désirs pour et de l’autre.

en résumé, “JE SUIS (*) ET JE VIS MES DESIRS” …

*: du verbe “être” et non plus, “suivre” !…  😉

difficulté à dire “je t’aime”

Comme l’évoque cette chanson de Louis Chédid, où se situe la difficulté à dire “je t’aime”

En quoi ces trois petits mots peuvent-ils provoquer tant de blocages, le chanteur parle de pudeur, mais que recouvre ce mot?
Cela rime avec peur, la peur de gêner l’autre comme le suggère L.Chédid mais que trouvons-nous derrière cette peur ?



Nos gestes, nos paroles parlent avant tout de nous, il s’agit donc de ramener cette difficulté d’exprimer ses sentiments à ce que cela nous indique sur notre perception du “je t’aime”.

Exprimer ses sentiments, c’est se dévoiler pour partager, pour donner et pour recevoir. Il s’agit d’établir une relation émotionnelle avec l’autre allant de l’amitié à l’amour passionné en passant par l’affection familliale. Les trois destinataires de cet échange sont l’autre, soi et la relation.

Pour l’autre, recevoir ce cadeau d’amour déclaré, c’est se positionner vis à vis de celui-ci. Cela revient à placer son curseur, sa focale sur le niveau qu’il juge compatible avec sa situation, ses propres critères, ses propres ressentis et ses désirs. Tout cela, celui qui se déclare ne peut en avoir conscience, c’est un autre monde, c’est le monde de l’autre, son univers qui nous est étranger. Nous sommes face à l’inconnu, face aux peurs de ne pas pouvoir y faire face, de décevoir, ne pas être à la hauteur.

Tout cela impressionne, aussi bien celui qui se déclare que celui qui reçoit, et donc, limite l’expression spontanée de nos sentiments.

Pour soi, donner ce cadeau, cela signifie que l’autre est considéré comme en mesure de le recevoir, d’accepter ce message.

Cela sous-entend qu’il devrait être réceptif et nous retourner ce que nous attendons. Mais l’autre peut-il connaître les désirs profonds de celui qui se déclare, peut-il s’intégrer dans cette histoire qui l’invite et le met également face à sa propre histoire, face à ses propres capacités à répondre à cette sollicitation qui le flatte et qui l’effraie. Ne risque-t’il pas de confondre “être par l’autre” et “être pour l’autre” ?

La relation, qu’elle qu’en soit la forme, c’est la suite attendue ou refusée de cette déclaration. Cela signifie un engagement, une réciprocité entre deux personnes, chacune revêtue des doutes et des peurs qui les inhibent ou des désirs et des espoirs qui les transcendent. Cette rencontre de deux histoires, de deux vies, c’est la rencontre de blessures qui s’opposent ou qui se complètent. C’est trouver des réponses à des problèmes qui habitent chacune des histoires, c’est donner pour recevoir, c’est recevoir pour donner, c’est échanger et trouver un équilibre entre soi et l’autre.

Quand la réponse à une déclaration est “jugée” insuffisante, cela peut réveiller une blessure d’enfance, ne pas être accepté, ne pas être à sa place, ne pas être à la hauteur des espérances de l’autre et donc se sentir dévalorisé, rejeté.

Accepter sur l’impression que l’on donne et qui parle de notre image, de notre égo, pas de nous, c’est accepter par le sentiment d’être flatté, c’est fuir le réel pour un monde imaginaire, bercé d’illusion.

Accepter sur la base de notre propre ressenti sur l’autre, c’est avoir confiance en soi, accepter son imperfection comme celle de l’autre afin de construire une relation d’accueil de ce qui est, la plus épanouie possible.

Ces trois petits mots sont donc chargés d’histoires qui les rendent lourds de sens, difficiles à prononcer car ils engagent notre image, notre confiance en nous. Certains, très à l’aise avec leurs images, prononcerons ces trois petits mots avec aisance car ils vont flatter leurs propres images. La confiance qui est la leur ne dépend pas de l’autre, elle est en eux. Ils ne doutent pas de l’impression qu’ils font sur l’autre, celle-ci ne semble pas pouvoir entacher leurs propres certitudes.

Quand notre image a perdu de son importance au profit de ce que nous sommes vraiment, nous retrouvons la liberté d’exprimer nos sentiments sans attendre de retour particulier. S’autoriser à dire “je t’aime”, c’est faire connaître à l’autre l’importance que nous lui donnons, c’est lui permettre de recevoir la satisfaction qui peut être la notre quand nous recevons ces trois petits mots.

Reste la gradation que nous mettons dans ces trois petits mots et qui peuvent mener à des ambiguïtés que nous levons par l’ajout de qualificatifs. “Je t’aime un peu, beaucoup, à la folie, pas du tout” … souvenir d’enfance pudique quand nous expérimentions face à une marguerite, cette échelle de la relation à l’autre, à nous…

Aujourd’hui notre palette s’est étendue, les nuances sont multiples, mais le besoin est le même, donner et recevoir de l’amour, être en lien avec l’autre, en relation.

Quand pouvoir dire “je t’aime” est devenu naturel, que nous pouvons nous autoriser à le dire et à l’entendre pour ce qu’il est, sans rien attendre, nous pouvons apprécier la sensation qui nous pénètre et nous charger de l’émotion qui nous envahit.

Et quand parfois, les deux focales sont au diapason, une nouvelle histoire se met alors à vibrer d’une douce chaleur… quoi de plus beau ?

Peut-on dire “je t’aime” sans commencer à s’aimer soi-même ?

 ©2010 – Michel Schauving

Influence des blessures d’enfance dans nos relations

Dans les rencontres que nous faisons, nous observons, percevons, admirons, jugeons, critiquons, jalousons, envions mais quand nous regardons de plus près toutes ces pensées qui nous traversent, de qui parlent-elles ?

Nous pouvons commencer à ressentir à quel point nos croyances, sur ce qui doit être, influencent notre perception de l’autre. Nous pouvons apercevoir les projections et les transferts que nous faisons, toutes ces interprétations de nos désirs, de nos craintes que nous matérialisons sur l’autre. Il devient le personnage d’un film dont il n’a pas encore conscience et ceci, bien avant les premiers échanges verbaux. L’autre n’est pas, il devient ce que nous imaginons, voulons. Il est ce que nous projetons de notre histoire.

Les blessures contacts que nous avons intégrées enfant, comme le rejet, l’abandon, la trahison, l’humiliation ou l’injustice, nous espérons inconsciemment que l’autre puisse les compenser. Il ne peut les guérir car n’en ayant pas conscience, nous ne pouvons pas imaginer qu’une guérison soit possible. Ce qui se joue là, c’est un comportement qui est dépendant de ces blessures, nous ne sommes pas nous-mêmes mais uniquement le résultat de l’image qui s’est adaptée à ces blessures. Pour conserver l’amour parental, nous avons dû intégrer ces blessures comme un fonctionnement naturel. Dans nos relations, se rejouent cette même dépendance ou adaptation au schéma parental et aux blessures associées. Quand une relation commence, un équilibre et un mode de fonctionnement adapté va commencer à s’établir selon ces différentes blessures.

Pour la blessure de rejet, il peut y avoir beaucoup d’hésitation à aller vers l’autre de peur de ne pas correspondre à ses attentes, ne pas être à la hauteur, déplaire. Une exigence inhibante s’installe. Il va falloir paraître idéal aux yeux de l’autre pour être accepté, faire des concessions et refouler ses propres désirs au profit de ce non-rejet. Etre en retrait, prudent et ne pas tout dire, ne pas froisser.

Pour la blessure d’abandon, il va falloir être adopté et fusionné pour tisser un lien fort, indestructible et sécurisant. Ne pas être abandonné c’est avoir un rôle suffisamment important pour garder sa place. C’est se rendre indispensable à l’autre pour rester, ne pas être exclu. Une atmosphère lourde peut s’installer si l’un se sent totalement dépendant et que l’autre se sent exploité dans ce rôle protecteur qu’il a lui-même choisi.

Pour la blessure de trahison, le comportement sera plus possessif car la confiance est difficile à donner. Elle semble vitale car une relation ne peut s’établir que sur cette confiance, cette fidélité. Ce climat de suspicion rend la relation compliquée et source de malentendus. Il est alors difficile d’être naturel car cette blessure implique des non-dits, des mensonges par omission pour ne pas impacter l’autre, ne pas être impacté.

Pour la blessure d’humiliation, la crainte que cela recommence va rendre très prudent, va amoindrir les sensations pour ne pas s’exposer, se montrer, se livrer. Tout sera dans la mesure, ne pas faire de vague, ne pas être vu, ne pas être jugé. L’opinion de l’autre a tellement d’importance que cela va induire un comportement très effacé pour ne pas donner de prise aux critiques.

Pour la blessure d’injustice, il sera nécessaire de recevoir des signes de satisfaction pour engranger ce sentiment de reconnaissance, de valeur qui a tant fait défaut dans l’enfance. Il va donc s’agir de faire plaisir, d’être dévoué et de montrer une image valorisée selon les critères de l’autre. Il va falloir être à la hauteur des espérances de l’autre avec la peur de ne pas le satisfaire.

La rencontre, une valse à trois temps

On croise des gens par hasard mais la rencontre, elle, n’est pas due au hasard mais est provoquée par l’affectif, l’émotion par nos chaines mémorielles qui s’activent.

Elles modifient notre vision de l’autre, une rencontre, c’est la rencontre de deux histoires, de deux énergies, de quatre énergies.

Nos comportements sont basés ces trois piliers fondamentaux :

  • Le Père mythique: il apporte la pulsion, l’énergie positive, le besoin d’action
  • La Mère mythique: elle apporte l’affectif, la sécurité nourricière, l’instinct de survie
  • Le Couple mythique: c’est la référence que l’enfant construit à partir de sa relation parentale

S’il y a absence d’un parent, l’enfant va le chercher dans un parent de substitution car il a besoin de cette référence, d’une identification pour construire son propre Moi.
Si l’enfant doute de la protection parentale, il va développer une peur et sera dépendant de l’extérieur. Il cherchera l’appartenance au groupe pour se rassurer, pour subsister. Il cherchera une image qui le rendra aimable, accepté, reconnu, unique, image qui le valorisera.
Si l’enfant ne reproduit pas son schéma parental, c’est qu’il cherche son identification et qu’il a déjà atteint un certain niveau de conscience
Celui qui reproduit son schéma parental cherche le couple “idéal”, illusion de son image du couple mythique. Quête inatteignable qui provoquera des relations courtes et répétitives.
Une situation idéale est toujours mal vécue car nous la recherchons sans être capable de l’assumer. Cela engendre des relations problématiques, alimentées en malentendus et de courtes durées.
Le parent de sexe opposé représente l’idéal alors que le parent de même sexe représente le rival et provoque l’interdit
Avant le couple était une obligation, aujourd’hui il s’agit d’un désir, d’une relation consentie, son équilibre est donc plus fragile.

L’état d’une relation est fonction de l’état de l’évolution personnelle

Trois stades par lequel nous devons passer dans cette évolution

  • disparition du Je au profit du Moi, l’individu disparaît au profit du groupe, « je m’identifie … »
  • le Moi disparaît au profit de l’être, « je deviens … »
  • dissolution de l’être au profit du Je, « je suis … »

De même, une relation amoureuse passe par les trois stades suivants

  • amour aveugle: quand nos projections viennent du fond de notre histoire et nous transcendent
  • désillusion: quand la réalité reprend le dessus
  • amour lucide: L’idéal devient illusoire, détrôné par le réel

Il faut avoir conscience de la désillusion pour en tirer profit; elle est obligatoire pour savoir qui nous sommes. Ce n’est pas le talent qui fait bouger, mais la résistance, le frein.
Si l’émotion l’emporte sur l’affectif, quand on dit “Je t’aime”, on dit “j’ai besoin de toi”

Toute la vie nous remplissons notre catalogue d’identification, nous remplissons nos systèmes mémoriels, nos références à partir de nos expériences, de nos rencontres selon nos 3 critères mythiques.
Lors d’une rencontre, nous transférons une image de ce catalogue sur l’autre, l’autre passe dans notre histoire (transfert) puis nous habillons cette image en fonction de nos désirs (projection). L’autre devient le héros d’un film dont il n’a pas encore conscience et ceci, bien avant les premiers échanges verbaux.

Le problème survient quand l’image émise ne correspond pas à la réalité, quand nous n’aimons pas ce que nous sommes. L’autre nous a déjà identifié et il se trompe rarement d’où un déphasage flagrant et une relation vouée à l’échec.
La seule réalité qui existe, c’est la réalité individuelle, c’est à dire que nous sommes avec l’autre comme avec soi-même. Si nous voulons limiter, contrôler le transfert, nous limitons le désir.

Il n’y a pas d’émotion sans pulsion sinon il ne s’agit pas de désir mais de reconnaissance tout comme il n’y a pas de pulsions sans émotion mais des pulsions avec des émotions refoulées par la peur. Un objet jugé trop inaccessible peut accroître le désir à un niveau tel qu’il en devient inhibant.

  • Dom Juan montre un refoulement pulsionnel. Il séduit mais ne consomme pas, avec le but de punir sa mère car il a subit des carences émotionnelles dans son enfance.
  • Casanova montre un pulsionnel qui est sujet au refoulement émotionnel. Il consomme mais enfouit ses ressentis.
  • Artemis fait preuve de refoulement émotionnel En tuant tout homme qui la regarde, elle détruit ses émotions

L’amour et l’indépendance amène à l’indispensable

De la relation à l’interconnexion

Etre en relation, établir un lien sans être en lien avec soi-même, c’est fixer son histoire sur la voile de nos désirs et de nos besoins.

C’est donner procuration à l’autre pour obtenir ce qui nous manque en lui présentant ce sur quoi il peut s’agir et nous faire avancer. La relation s’appuie sur des attentes mais au fil des mois, les attentes évoluent et le lien s’effiloche sur temps calme.

“Je me berce d’illusions !…”

Si les effets de nos attentes sont ressentis, leurs existences sont souvent ignorées bien qu’il nous arrive d’en prendre conscience quand nous disons que nous nous bercions d’illusions.
« Je me berce d’illusions », une simple expression qui en peu de mots, nous dit beaucoup. Un condensé où chacun des mots a son importance.

Le « Je » qui me place comme acteur, qui parle de ma responsabilité à aller chercher, à attendre, à demander. Il s’agit de ce dont nous avons besoin, ce dont nous avons envie, ce qui nous manque et comment nous pouvons l’idéaliser, comment l’autre doit nous l’apporter. Il ne connait pas nos attentes, nos désirs car nous-mêmes, nous les ignorons mais l’autre doit tout de même relever le défi d’y répondre.
Le « me » qui parle de moi, de mes croyances, de mes principes, de mes idéaux, de tout ce qui constituent l’image que je porte, que je veux montrer, que je veux démontrer. Agir en fonction de qui nous sommes, de ce qui peut accrocher l’autre, les prises enfouies de notre histoire que nous lui tendons. Il devient la projection de nos inaccomplis, le transfert de nos désirs, le miroir de nos attentes, la réflexion de nos pensées.

Le « berce » qui évoque la régression dans la prime enfance, dans l’abandon maternel, dans la dépendance à l’autre, dans la fusion protectrice de ces bras enveloppants. C’est se rassurer par la présence de l’autre, lui demander de calmer nos peurs, nos doutes, nos angoisses. Etre compris, accepté, rassuré et ne pas être abandonné, rejeté, humilié. Il s’agit de compensations, d’obtenir de l’autre ce que nous pensons impossible à obtenir par nous-mêmes.

Le « d » qui définit l’indéfini, le pluriel amputé. L’étendu des demandes masque le besoin véritable par une kyrielle de manifestations détournées de nos désirs. Une multiplicité de contacts pour que l’absence de l’un d’eux ne soit pas signe d’abandon. Une démultiplication pour ratisser large, pour obtenir plus, pour obtenir quelque chose, ce petit rien qui signifie que nous ne sommes pas seuls.

Le « ‘ » qui symbolise cette relation, la transition de nous à l’autre, apostropher l’autre. Ce lien suspendu entre nos attentes et celles de l’autre pour sonder sa capacité à y répondre et notre volonté d’y contribuer. Une virgule qui flotte, une ponctuation qui s’envole dans les nuages de nos pensées, une menace d’abandon, un lien fragile qu’il nous appartient d’entretenir tant que cette enveloppe est notre représentation de qui nous sommes.

Les « illusions » qui révèlent ce que nous savions au fond de nous, sans vouloir nous l’avouer. Oui, nous demandons à l’autre ce qu’il ne peut nous donner, ce que personne ne peut nous donner, personne d’autre que nous-mêmes. Ces illusions, ces chimères venues d’un autre temps, d’un passé lointain qui draine ses vestiges jusqu’ici, dans un flot de demandes. Expression de nos manques d’hier qui transpirent dans chacun de nos gestes, de nos mots, de nos pensées. Expressions qui sont le souffle qui gonfle l’enveloppe de nos désirs, de nos besoins derrière laquelle nous nous protégeons.

« Se bercer d’illusions » nous permet de prendre conscience que l’autre n’est que le substitut de notre capacité à prendre nous-mêmes la responsabilité de notre bonheur. Nous apercevons que nous flottons sur les vagues de la vie, propulsés par le souffle des autres dans les voiles de nos désirs et de nos besoins, mais personne ne tient vraiment la barre.

Ramener la voile de nos désirs et de nos besoins pour voir qu’ils n’étaient que la manifestation imprimée de nos manques et de nos blessures. Quand nous demandons à l’autre de nous reconnaître, de nous accepter, de nous protéger, de nous respecter ou de nous entendre, nous exprimons des sensations enfouies de n’avoir pas été reconnu, d’avoir été rejeté, d’avoir été abandonné, d’avoir été humilié ou d’avoir été trahi. Blessures qui peuvent nous paraître disproportionnées dans les termes mais qui sont à l’échelle des ressentis émotionnels de l’enfant d’hier et des peurs qui étaient les siennes, peurs qu’il a dû intégrer pour s’adapter et devenir.

Nos blessures d’enfance

Quand nous percevons comment notre relation aux autres est teintée du souvenir de ces blessures d’enfance, alors nous pouvons sentir que la relation ne pourra masquer qu’un temps la vraie demande qui émane du fond de nous, du fond de nos émotions. Une demande qui rend discordante la relation car elle est calée sur autre chose, teintée des attentes réciproques et tout aussi décalées.
Si nous-mêmes ne sommes pas en mesure de transcender les blessures qui nous impactent, comment pourrions-nous reprocher à l’autre de ne pas pouvoir le faire pour nous. L’acceptation de soi, c’est accepter ces blessures comme celles de notre passé, elles s’appuient sur notre référentiel émotionnel d’hier et non plus sur la personne que nous sommes devenus.

Ces blessures peuvent être actives mais quels seraient leur impacts si nous ne leur accordions pas autant de place, si ces blessures ne conditionnaient plus notre relation aux autres, si nous n’avions plus besoin de demander à l’autre de les prendre en charge. Nous avons le choix et le droit de prendre la barre, de naviguer en fonction de nos aspirations et ne plus se laisser emporter par les croyances induites de nos besoins d’hier. Il nous appartient de moduler l’intensité de ces blessures à notre échelle émotionnelle d’aujourd’hui pour s’apercevoir que les enjeux ne sont plus les mêmes.
Sans avoir besoin de changer notre vie, nous la dépouillons des prises sur lesquelles s’accrochaient nos souffrances. Nous lâchons prises et profitons de chaque instant pour lui et non plus pour combler hier ou protéger demain. Nous sommes dans l’instant présent, pleinement réceptifs à nos émotions dans l’intensité de l’échange qui se produit.

Les relations amicales, de couple, possessives, agressives, passives, dépendantes, découlent souvent de ce lien entre désirs et besoins directement issus de nos manques respectifs, des compensations d’émotions non abouties et qui cherchent à se satisfaire par transposition inconsciente. Quand nous pouvons ressentir comment nous serions, quelles émotions surviendraient si cette relation s’arrêtait dans l’immédiat, nous pouvons alors sentir le besoin qui l’alimentait. Nous pouvons ressentir comment nous sommes dépendants de cette relation autrement que pour le seul plaisir d’être ensemble. Il ne s’agit pas d’y renoncer mais au contraire de ressentir nos relations pour elles-mêmes.
Quand nous sommes pleinement centrés sur le présent, nous entrons en interconnexion avec nos émotions, avec l’autre et avec les émotions de l’autre. L’interconnexion se situe à plusieurs niveaux pour atteindre un échange émotionnel intense car complètement en phase avec l’instant présent. Aucun artifice n’est nécessaire pour le sublimer, juste cette interconnexion entre deux êtres complètement disponibles et présents en eux et avec l’autre.

A la différence de l’état amoureux qui procure des sensations similaires sur une durée limitée, l’état inter-connecté est pleinement conscient et vécu, il répond au besoin relationnel véritable.
Etre inter-connecté c’est donner priorité aux émotions principales et laisser passer les émotions réactionnelles sans s’y accrocher.
Il me parait intéressant de s’interroger sur les sensations qui seraient les nôtres si ces blessures n’étaient plus de la responsabilité de l’autre mais de nous-mêmes.

En quoi le besoin de reconnaissance est-il si fondamental ?

Pourquoi ce besoin de reconnaissance est-il si répandu et comment agissons-nous sous son influence ?

Rien que le mot fondamental parle de soi. Le besoin de reconnaissance constitue la base de notre raison d’être, la fondation, le fond qui matérialise que nous existons. Si nous ne sommes pas reconnus, comment pouvons-nous exister. La question se pose alors de ce qu’est la reconnaissance.

En effet, être reconnu pour ce que l’on fait, ce que l’on dit, ce que l’on apporte, est-ce être reconnu pour ce que l’on est ?

Si oui, cela voudrait dire que nous existons par nos actes et non par nous-mêmes mais nos actes sont-ils le reflet de notre personnalité ou de ce que les autres attendent de nous, pour eux.
Quand nous sommes centrés, quand nous agissons selon notre personnalité vraie, la reconnaissance est une conséquence satisfaisante mais non nécessaire de nos actes. Nous pouvons agir sans pression mais dans l’espérance d’obtenir le plaisir de l’accomplissement. Chaque action devient une expérience profitable et quand ce que nous faisons, en conscience et en accord avec nous-mêmes, est bien reçu alors oui, les retours que nous obtenons font du bien, beaucoup de bien et renforcent qui nous sommes. Elle agit sur l’estime de nous sans pour autant flatter l’égo car cela ne concerne pas notre image mais nous-même.

Quand nous présentons ce que l’autre attend, la reconnaissance devient la cause de nos actes, un enjeu dans la mesure où son absence nous impacte. Elle induit donc une pression du résultat et un risque d’échec. Quand nous recevons les signes de reconnaissance demandés, alors nous engrangeons un plaisir, ce plaisir que nous attendions dans l’instant mais qui ne répond pas à la blessure d’hier. Ce plaisir se teinte de la frustration que ce n’est pas assez, la blessure que nous ignorons est toujours présente, active alors oui, ça fait très plaisir mais il faut encore demander car l’écho de reconnaissance n’est pas la reconnaissance que nous recherchons. Cette reconnaissance-là ne dépend pas de la situation présente, de la personne actuelle, il ne pourra y répondre. Nous ne pouvons la trouver qu’en nous-mêmes, nous sommes les seuls à pouvoir agir. Cela se passe quand l’acceptation de qui nous sommes aujourd’hui transcende la croyance de qui nous pensions devoir être hier.

En quoi le besoin d’être accepté influence-t-il notre comportement ?

Ne pas être accepté sous-entend que tel que nous sommes, il manque quelque chose pour que nous soyons acceptables aux yeux, aux idées, aux pensées de l’autre.

Cela veut dire que pour être accepté, il faut se conformer aux croyances de l’autre sur qui nous devrions être ou plus exactement se conformer à nos propres croyances sur les croyances que l’autre a de qui nous devrions être. Mais qui est cet autre que nous interrogeons de nos pensées secrètes pour savoir si nous sommes compatibles avec ses désirs tout aussi secrets.

Que de non-dits pour être accepté, pour que notre image soit compatible et bien souvent, sans demander ce que l’autre attend vraiment de nous, sans lui dire ce que nous attendons de lui.
Pouvons-nous vraiment demander explicitement cela, le dire en toute sincérité sans être centré sur nos vraies attentes, sans les avoir triées de nos croyances, de nos principes, de nos valeurs.
Entrer en relation avec soi-même pour faire le tri de nos idées est un cheminement difficile car nous ne pouvons trier qu’avec notre mental, avec notre réflexion et que celle-ci se nourrit de nos croyances, de nos valeurs, de nos principes. Etre juge et partie ne prédispose pas à l’objectivité de ce que nous sommes vraiment et de ce que croyons être. Le cheminement est d’autant plus difficile que le jugement est l’apanage du mental et que qualifier difficile ce cheminement est l’évitement qu’il a trouvé pour ne pas l’aborder.
Où se trouve la difficulté d’être en relation avec soi-même si ce n’est d’aller chercher notre propre acceptation de qui nous sommes. Cela indique que nous cherchons à nous accepter, que nous voulons nous autoriser cela sans avoir à le demander à l’autre. Mais alors, si nous n’avons pas besoin de l’autre pour être accepté, nous n’avons pas besoin de l’autre, nous sommes seuls ! Ce sentiment de solitude peut être effrayant quand il fait résonance à l’inquiétude de l’enfant de ne pas être aimé et se sentir rejeté s’il n’était pas conforme à la demande ressentie.

La relation à l’autre est une nécessité mais ce n’est pas vital, ce n’est plus aussi vital que pour l’enfant d’hier. Etre en relation avec soi-même, trouver l’énergie de sa propre acceptation nous libère de cette demande d’acceptation à l’autre. Cela fluidifie nos relations qui se construisent alors sur des échanges naturels et non induits. Etre bien avec l’autre pour le seul plaisir d’être bien est une satisfaction issue de l’acceptation réciproque des spécificités de chacun.

En quoi le besoin d’être protégé est un besoin vital ?

Se sentir protégé, c’est la reconnaissance des capacités de l’autre à affronter les dangers pour nous, à nous donner les moyens de vivre, de survivre.
En quoi l’adulte d’aujourd’hui peut-il se sentir aussi menacé dans son intégrité, dans sa survie qu’il doive vivre avec ce besoin d’être protégé. Bien sûr que c’est rare, nous sommes assez grands pour ne pas avoir besoin de l’autre pour cela, nous sommes de plus en plus indépendants et responsables !…
Oui bien sûr, mais quelle blessure se dissimule derrière ce besoin d’être protégé si ce n’est la peur de l’abandon. La relation que nous construisons dans un couple est-elle influencée par cette peur, en regardant de plus près, nous pouvons le supposer.

Cette peur de l’abandon se traduit par des comportements de soumission inconscients, de prises de décisions difficiles, par des paroles, des actes retenus pour ne pas déplaire. Se conformer à l’autre pour ne pas risquer la séparation mais en même temps ruminer sa frustration de ne pas pouvoir être naturel, ne pas s’affirmer. L’envie de plaire, de séduire, de convaincre, de communiquer, d’être en lien pour être reconnu, accepté, ne pas provoquer de conflit et obtenir sa place dans l’univers de l’autre, se sentir accueilli, se sentir protégé.
Ce comportement implique un jeu inconscient pour être compatible. Quand ce jeu est réciproque, la relation est faussée à la base tant qu’elle reste sur ce niveau d’échanges. Quand elle n’est pas réciproque, nous assistons alors à des jeux de pouvoirs, de soumission, domination qui peuvent être une base acceptée de la relation. Cela s’appuie fortement sur ces blessures et peut fonctionner tant que l’activation de ces blessures apporte un bénéfice réciproque.

Quand ce besoin est fortement ancré, l’éparpillement relationnel est un moyen de diversifier ce besoin d’être en lien de toute part pour ne pas risquer de se retrouver seul face à sa peur et ce, d’autant plus que la relation de couple ne remplit pas son rôle d’accueil réciproque. Se sur-investir pour ne pas se retrouver face à l’autre, face à soi.

Le paradoxe de cette peur de l’abandon est que bien que disposant de toutes les ressources pour se protéger soi-même, nombre de personnes s’en remettent à l’autre, au groupe. Il s’agit alors de se centrer sur soi pour reconnaître ses propres ressources, pour obtenir la confiance en soi et ne plus dépendre de l’autre comme nous en dépendions jadis. L’adulte d’aujourd’hui a le droit d’accepter ses propres talents et de les utiliser pour lui-même. Cette peur de l’abandon se nourrit du manque de confiance en soi et des peurs qui régnaient et transpirent encore aujourd’hui sans que nous le ressentions complètement.
Gagner sa propre confiance et obtenir sa propre acceptation pour ne plus la demander à l’autre et pouvoir profiter des plaisirs de la relation, ressentir la force des amitiés telles qu’elles sont, sans la crainte de les perdre. Elles ne seront que plus intenses.

Le besoin d’être respecté, un besoin qui vient d’où ?

Etre respecté semble une évidence et mais ce qui se révèle dans cette expression est un positionnement en victime qui puise d’éventuelles causes dans des situations concrètes. Les trois blessures précédentes, bien que pouvant être issues également de situations précises ont plus de facilités à être générées lors de l’installation et l’activation de nos croyances, comme un sentiment issu des non-dits, des non-reçus, des manques qui s’appuient sur des impressions diffuses.

Etre respecté reflète plus naturellement la réaction à une humiliation subie ou ressentie et sur laquelle ou lesquelles nous pouvons mettre des images précises, des mots évocateurs.
Le paradoxe de l’enfant est d’associer les émotions de l’humiliation et celles des attentes qui étaient les siennes de respect et d’amour. Imaginer être indigne d’être aimé est si difficile à supporter que supporter l’humiliation lui parait plus adapté. Il va donc se convaincre d’être responsable de ses humiliations et que c’est par amour, pour qu’il s’améliore que ces humiliations lui sont infligées.

La croyance qu’il ne mérite l’amour qu’en étant humilié peut alors s’installer. Que faire de cette croyance, soit l’accepter et se comporter en victime en la reproduisant, soit lutter contre et affronter le monde, affronter l’autre dans des rapports de force, des relations conflictuelles. Dans les deux cas, ce positionnement de la relation se fait autour de ce besoin d’être respecté mais plus encore autour de l’humiliation, générant des émotions fortes mais peuvent-elles être satisfaisantes ?

Une exigence s’installe qui impose le respect, les règles, mais à qui sont-elles destinées si ce n’est d’abord à soi-même pour ne pas risquer la critique et ensuite aux autres qui transgressent ces principes fondateurs de notre comportement. Ce positionnement en victime qui a subi et ne veux plus subir interfère fortement dans la place que nous choisissons de prendre dans la relation.

Comment voir le respect dans les yeux de l’autre quand nous-mêmes sommes extrêmement critique sur nous-mêmes, nous infligeant des jugements sans concession, placardés aux frontons de nos croyances. Quand notre comportement met en avant notre propre dévalorisation, les retours que nous en avons s’appuient sur celle-ci, et justifie nos propres doutes et projections. Nous n’avons pas besoin de signes d’humiliation puisque nous allons les chercher pour conforter nos croyances. Quand parfois, l’humiliation s’installe réellement, les émotions de douleurs se mêlent curieusement au sentiment d’être aimé parce que reconnu dans l’image que nous avons de nous-mêmes.

Etre bienveillant avec soi-même, s’aimer et s’accepter tel que nous sommes, mêmes si nous avons tel ou tel défaut, est un pas vers le respect que nous avons le droit de nous accorder. Se respecter permet d’agir avec confiance et de récolter ce que nous semons. La relation aux autres se pacifiant, les retours positifs génèrent des émotions de satisfactions qui amplifient encore plus ce respect soi.

Et pour le besoin d’être en confiance, que traduit-il ?

La confiance, la méfiance, la trahison, des termes forts pour caractériser notre relation à l’autre mais qui est vraiment l’autre. Comment se manifeste-t-il et d’où vient-il ?

Comme les autres blessures, celle-ci fait partie du ressenti émotionnel de l’enfant et de ce qu’il a intégré en réponse à ses peurs. Pour l’enfant, avoir confiance en ses parents, c’est cultiver un sentiment de sécurité en se sentant protégé, exister et pouvant vivre, y être autorisé.
Si cette sécurité est mise en défaut, à l’échelle émotionnelle de l’enfant, alors s’active la blessure d’abandon et toutes les croyances qui arrivent en lot pour entretenir ce sentiment. Quand la trahison est réelle, nous entrons dans un schéma plus complexe à évacuer.

Demander plus de signes de reconnaissance, d’attentions, de présences pour ne pas être seul, ne pas devoir être autonome et donc se rassurer par la dépendance à l’autre, dans la fusion, dans la négation de qui nous sommes en devenant la prolongation de l’autre.
La confiance que nous voulons trouver en l’autre, témoigne de notre propre méfiance vis-à-vis de nous-mêmes, sentiment induit de notre image qui avait provoqué jadis, cet abandon ressenti. Quand l’enfant se sent trahi, il remet en cause sa capacité et sa nécessité à être puisque sa sécurité n’était pas vitale aux yeux de ses figures tutélaires.

Il va alors se forger une carapace pour se rendre autonome et dépendant de personne pour lutter contre cette peur d’abandon et ne pas la ressentir à nouveau. Il va également chercher à combler ce sentiment inaccompli de sécurité dans la relation à l’autre basée sur la confiance. Ce paradoxe de se sentir fort et puissant dans l’action et se sentir dépendant dans la relation active des émotions contradictoires qui le parasitent.

Des malentendus, des non-dits, des conflits dans ses relations seront des sources d’inquiétudes, inquiétudes qu’il évitera en atténuant toutes les sources possibles de désaccord. Si malgré cela, une tension apparaît, l’impression d’avoir failli, d’avoir froissé l’autre, une émotion forte jaillira sur laquelle il lui faudra travailler pour la dissoudre. Cette maîtrise ne peut se matérialiser en colère, sentiment qui pour lui est inacceptable car source de mésentente. Il lui faut faire bonne figure en public et ruminer sa peur dans l’ombre tapie de ses doutes et de ses émotions.

Ces relations basées sur la peur de les perdre vont donc adapter le comportement pour tenir un rôle acceptable et compatible, rôle qui ne pourra qu’atténuer ce risque d’abandon supposé. Le contrôle des émotions pour ne pas froisser l’autre est une énergie retournée contre soi, épuisante et qui stimule la peur d’abandon, entraînant l’engrenage de cette blessure.

Il s’agit d’évacuer ce sentiment d’abandon enfoui d’une histoire lointaine et calé sur des échelles d’intensité sans rapport avec celles d’aujourd’hui. Quand naît la confiance dans sa valeur pour être Soi avec les autres et se sentir accepté pour Soi alors ce n’est plus la demande égotique qui se manifeste comme auparavant et la confiance s’installe. Cette blessure d’abandon se dissout au profit de relations naturelles de partages authentiques.

Quand nous transcendons l’énergie négative de ces blessures, de ces besoins, il est alors possible de verbaliser ses sensations sans jugement, sans comparaison et avec la sérénité de transmettre dans l’accueil de l’autre, pour l’autre mais d’abord pour soi. Il est alors possible de pouvoir dire, entendre et écouter en se sentant pleinement centrés sur l’ici et maintenant et avec l’autre. Vivre la relation telle qu’elle est et non telle que nous voulions qu’elle soit nous permet de la ressentir avec l’intensité de nos émotions principales et non avec des émotions réactionnelles issues de nos croyances enfouies.

©2012 – Michel Schauving (03/04/2012)

Une définition du couple

Le couple, quelque soit le sexe des partenaires, est la rencontre de deux énergies, masculine et féminine, deux énergies qui vivent en chacun de nous.

Nous abritons l’histoire de notre famille, les énergies de ses membres, énergies que nous avons intériorisées, que nous avons développées, que nous avons exacerbées mais que nous avons aussi niées ou refoulées. Ces énergies constituent notre bagage émotionnel et sensitif.

Entrer en relation, c’est chercher une adéquation entre nos énergies et celles de l’autre, c’est accepter la multiplicité de celles-ci et en tout premier lieu, accepter notre propre diversité intérieure.

La tradition orientale de non-dualité nous enseigne que tout existe par son contraire, que des énergies, opposées dans leurs essences, sont nécessaires pour accorder une complétude à chacun de nous, au couple, à la vie. Sans la nuit, comment pourrions-nous percevoir que le jour existe, sans le froid, le chaud pourrait-il se manifester ?

Ces énergies ne s’opposent pas dans la pratique mais bien au contraire, elles cohabitent, se complètent et permettent à l’énergie opposée d’exister tout en conservant leurs caractéristiques respectives.

Un couple est donc la fusion de ces deux énergies, féminine et masculine, ces deux énergies sont elles-mêmes héritées des deux énergies de chacun de nos parents. Nous les connaissons peu, les ressentons peu en tant que telles mais elles nous procurent des émotions intenses, des projections, des transferts, des inhibitions, des croyances. Nos douleurs, nos peurs, nos frustrations d’enfance, ainsi que nos traumatismes ont forgé notre perception des figures parentales, du couple mythique qu’elles représentent. Des distorsions peuvent naître de ces perceptions faussées, cela engendre des conflits intérieurs, des manques à combler, des transferts que nous effectuons sur les personnes rencontrées.

Travailler sur son couple,

  • c’est percevoir l’agitation qui nous anime,
  • c’est ressentir ces énergies qui s’affrontent, qui se renient, qui se refoulent,
  • c’est prendre conscience du fonctionnement limitant de nos émotions car elles ne sont pas authentiques, elles sont habillées du poids de nos contradictions, de l’impact de notre histoire.
  • c’est trouver un équilibre entre les énergies qui nous composent mais également trouver un équilibre avec les énergies que l’autre nous apporte.

L’harmonie du couple se situe dans l’observation et l’acceptation de ses propres énergies et dans la reconnaissance et la compréhension de celles de l’autre.

L’objet du désir

Le désir n’est pas physique mais psychique, il y a désir s’il y a manque. Il n’y a qu’un seul désir mais de multiples objets de désir. Le désir est sans fin contrairement au besoin et c’est pourquoi la religion voulait le faire disparaître car étant infini, il était mauvais donc il fallait le maîtriser en le refoulant.

Quand on nomme une pulsion, cela devient un désir car celui-ci implique choix et langage. Le désir n’a pas de sexe, il est amoral car il ne connaît pas le bien ou le mal qui sont des valeurs de la société, gérées par le Surmoi.

Flaubert écrivait, “Il tournait dans son désir comme un prisonnier dans son cachot”

Le désir nous est imposé, nous ne pouvons le supprimer mais uniquement le refouler.

    • Désir de l’objet: captatif, préhension sur l’autre (chasseur et proie)
    • Désir d’être désiré: sécurité
    • Désir du désir de l’autre: Jouissance du désir

L’enfant fait ce que ses parents n’ont pas pu faire, nos désirs nous sont inculqués par les autres, je veux vouloir.

Besoin et désir: on a besoin de manger mais on désire bien manger !…

Quand la solitude nous pèse, nous avons besoin de quelqu’un mais nous ne désirons pas forcément ce quelqu’un. nous avons besoin de s’assouvir sexuellement mais nous désirons de l’affection d’où l’objet amour n’est pas l’objet désir mais il peut y avoir conjonction des deux.

Le désir succède au désir, plus on le cultive, plus il se multiplie. Le rêve est l’expression voilée d’un désir.

Lorsqu’un enfant demande un jouet très cher, ce n’est pas pour le jouet mais pour avoir la preuve de l’attachement qu’on a pour lui, pour répondre à son désir de démonstration d’amour.

Les interdits sont indispensables à la structuration de l’enfant. On ne peut discipliner un désir car il n’est pas totalement spontané. Il n’y a pas de recettes de vie, c’est à chacun de nous de savoir jusqu’où nos désirs peuvent nous entraîner, mais il y des clés pour trouver nos limites.

Dans l’amour, il y a la haine de l’autre comme disait Freud : la seule preuve d’amour, c’est la haine de l’autre

Le désir est dans la tête, le besoin dans le corps

 

L’harmonie du couple

L’Harmonie dans le couple, c’est accepter de voir ce que notre conscience a soigneusement enfoui au cœur de nous.

C’est travailler en profondeur, c’est libérer ces énergies, les voir s’animer, les observer, les ressentir en tant que telles, dépouillées de tout le poids de nos croyances, de nos peurs, de nos blessures. Le corps ressent ses énergies, il les reçoit de plein fouet mais la conscience ne peut en percevoir l’origine, il n’en voit que l’adaptation que nous en avons faites, comment nous les avons incluses dans notre construction pour devenir nous, notre image, notre moi idéal.

Quand nous ressentons cela, nous percevons que notre construction s’appuie sur un équilibre bancal, fait de bric et de broc amassé petit à petit pour fabriquer une image respectable aux yeux des autres mais surtout à nos propres yeux. Nous la subissons mais nous pensons que c’est nous alors nous composons, nous tentons de l’accepter, nous refoulons nos désirs véritables, nous nous lançons dans des quêtes d’idéaux pour satisfaire ces adaptations et éviter nos blessures, nos peurs, nos doutes.

Toutes ces énergies, c’est le corps qui les reçoit, qui les fait circuler mais c’est notre inconscient qui les alimente, qui les nourrit et leur donne la place qu’il pense devoir leur donner selon ses croyances inhibantes. Débrancher la conscience pour sentir circuler ces énergies nous permet de les ressentir telles qu’elles sont, elles s’activent, elles nous remuent, elles nous parlent, elles réveillent des émotions. Bien sûr que cela bouscule, que cela bouleverse, les émotions sont faites pour ça, pour nous transmettre ce que le corps nous dit, c’est son langage. Quand ces émotions se lâchent, quand le corps pleure, le corps se libère, il évacue, il expulse, il revit.
La conscience en ressort chamboulée, bouleversée, elle ne comprend pas, elle refuse d’admettre ou bien cherche, oui, cherche, il doit bien y avoir une réponse, une clé, quelque chose à comprendre.

Quand le corps parle, il est authentique, véritable, honnête, la conscience doit donc l’accepter et petit à petit, les ressentis remontent comme des bulles à la surface de l’eau, à la surface de la conscience. Ces bulles ont une couleur, une saveur, un parfum connu que nous identifions, que nous visualisons, que nous comprenons, c’était donc ça, ça qui me limitait, qui me censurait, qui m’empêchait d’être.

Le corps vibre, le corps cri, le corps écoute, le corps entend, le corps ressent alors donnons-lui tout ça. Plaçons-le dans une situation déconnectée de la conscience, alors le corps s’exprime, ressent ses propres énergies féminines et masculines. Il perçoit toutes les contradictions qui s’agitent, il ressent sa vie, celle de sa famille, de son histoire. Il ressent, il accepte, il évacue, la restructuration émotionnelle se fait, elle se grave, elle éteint ses blessures.

Comme le papillon quittant sa chrysalide, le corps perçoit que ses énergies ont été recontactées, qu’il les a intégrées, qu’il les a pacifiées, qu’il leur a retirées leurs capacités énergivores. Elles deviennent des sources de vie véritables, positives. La conscience ne comprend pas très bien encore mais la vision se fait plus vrai, plus positive, plus authentique. Elle peut voir l’autre comme un être authentique et non plus la projection de ses croyances, l’autre devient lui, devient elle et non plus ce que sa quête lui demandait d’atteindre, de trouver, de chercher.

Il découvre l’amitié véritable, l’amour sincère, le lien authentique, il est devenu lui, elle est devenue elle.

Le couple est devenu ce lien authentique entre deux individus authentiques.

Le mythe de Dom Juan

Comme beaucoup de mythe, Dom Juan est inspiré de faits réels publiés dans les chroniques de Séville au 17° siècle. Dom Juan Ténorio avait tué le commandeur et séduit sa fille.

Plusieurs artistes s’en sont inspiré (De Tenorio, Molière, Mozart, Byron, Mérimé, Montherlant,…). Si ce mythe a inspiré tant d’artistes, c’est qu’eux même étaient concernés et se sont identifiés au personnage
Dom Juan séduit la fille du commandeur puis la laisse tomber, il ne consomme pas.
Il n’est jamais rassuré, il cherche la sécurité, il cherche sa mère pour survivre car il n’a pas reçu l’écho qu’il attendait de l’amour parental. Il a peur d’être seul, de ne pas avoir ce regard, celui de la mère d’où son comportement hystérique.
Le cynisme de Dom Juan, cette indifférence est une projection de celui de sa mère à son égard et donc il punit la femme séduite, sa mère, en la quittant, il détruit la sorcière.
La mère Fée le nourrit, le protège tandis que la mère Sorcière le punit, le prive et provoque chez l’enfant le besoin de la détruire, ce qu’il fait dans ses rêves provoquant par la même, son premier sentiment de culpabilité car en punissant la sorcière qui lui a fait du mal, il punit la Fée qui le nourrit.
Dom Juan séduit une femme (la Fée) puis l’abandonne, la rejette (la Sorcière)
Le gouverneur représente l’autorité, la règle, c’est le Surmoi personnifié, et donc le seul rival de Dom Juan, c’est Dieu le père. Le père est à la base de notre identité sexuelle. L’absence du père de Dom Juan a perturbé son Œdipe, ses pulsions vers la mère car en absence de rival, il est contraint de lutter contre l’absolu, l’idéal, Dieu.
Dom Juan est un idéaliste, il aide ses congénères, il n’a pas de rivalité avec ses égaux mais avec l’autorité seulement
Dans l’absolu, Dom Juan est un anarchiste, un révolutionnaire car il lutte contre l’autorité jusqu’à la mort, il cherche la confrontation à la règle.

Les Dom Juan sont essentiellement masculins car l’œdipe est une pulsion que l’homme a eu envers une personne avec qui il était en état de fusion, d’où une image confusionnelle entre pulsion et émotion. La femme ne subit pas cette pulsion là, elle va dans l’élément pulsionnel vers le père et peut se révolter contre la règle si cette pulsion n’est pas assouvie d’où élément de rivalité.

Le travail de Dom Juan est un travail de deuil sur la mère et il doit reconnaître que la Fée et la Sorcière ne sont qu’une seule et même personne, sa mère.

Le comportement hystérique de la femme est plus confusionnel, plus ciblé. La séduction est tournée vers la mère, la pulsion vers le père et donc la femme va chercher à séduire tout ce qui bouge si elle a subi une carence affective à la mère et par rapport à l’élément pulsionnel au père.

La nymphomanie (liée à un Œdipe détourné) survient quand le père laisse venir la pulsion de sa fille puis provoque l’interdit, souvent lorsque la rivale (la mère) est absente d’où obsession de la fille qui va multiplier les expériences et va consommer pour compenser, on voit le message d’insatisfaction vis à vis du père.

Dans le film L’homme qui aimait les femmes, la mère montrait une image féminine et inaccessible à son fils qui à partir de là, allait trop aimer les femmes puisqu’il ne pouvait aimer La mère, cette image idéalisée que Truffaut transposait.
Il existe des pathologies préalables au Dom Juanisme, ce sont les puers, ces adolescents éternels au comportement primaire, enfantin qui vont toujours voir ailleurs si l’herbe est plus verte.

Le comportement hystérique est un comportement qui met en danger l’homme et son environnement et au 19° siècle était attribué aux seules femmes. A l’époque l’homme travaillait à l’extérieur, il était disponible pour assouvir ses pulsions tandis que la femme restait à la maison, ne pouvait pas assouvir ses pulsions et pouvait souffrir de neurasthénie pouvant dégénérer en hystéries !
L’homme peut souffrir d’hystérie par refoulement pulsionnel et dans le cas de Dom Juan, il centre, il focalise son comportement autour de ce problème primal. Son cynisme est un refoulement de ses émotions car ça lui a permis, étant enfant, de s’en sortir face à l’absence d’amour maternel.

Pour surmonter son problème, un Dom Juan doit faire ressortir l’image de la mère pour qu’il en fasse son deuil et doit comprendre que la règle peut être un allié et non une rivale.
Ne jamais dire à un enfant, fait pas ça parce que c’est comme ça mais lui expliquer pourquoi afin d’en faire une qualité et non un défaut.
Il faut dépasser le ressentiment vis à vis des parents, avoir de la compassion, vider notre énergie, et ne pas leur faire de procès car plus on les combat en nous, plus on les renforce. Il ne faut pas confondre compassion et culpabilité, le pardon est une force.

S’il y a colère, il faut l’exprimer mais il ne faut pas y rester, il faut vite en sortir car cela ne sert à rien.

Il faut distinguer nos parents intérieurs correspondant à l’image perçue de nos parents réels car on peut modifier ces parents intérieurs pour les adapter à la réalité que l’on avait habillée de nos peurs et rancœurs.

Nos mages intérieures sont vues par nos yeux d’enfants

 

Charme et séduction

Le Charme est un état, il est ressenti par l’autre mais pas par soi contrairement à la séduction qui est un comportement à l’autre, une action dirigée vers l’autre, pour soi.

La séduction peut découler d’une pulsion mais n’est pas pulsionnelle. C’est un mode de communication, un comportement à l’autre qui lui dit, j’ai besoin de toi… La séduction s’élabore au travers de notre relation à l’autre et se détermine lors de notre éducation, lors de la constitution de notre “référentiel relationnel”. Elle met en évidence un besoin, elle n’est ni gratuite, ni spontanée.

Toute relation repose sur l’affect, bon ou mauvais, qui utilise ce référentiel pour l’identification et l’interprétation des goûts et valeurs de l’autre selon nos propres valeurs et goûts. Elle se rapporte directement à la demande, il existe toujours une finalité. Nul besoin d’échanges de paroles pour ressentir l’autre, pour capter ce qu’il diffuse par nos cinq sens qui collectent des milliers d’informations. Tout ceci passe au travers du filtre de nos croyances et nous conservons ce que nous voulons entendre, voir, ressentir.

La séduction consiste à capter l’attention de l’autre, la capturer comme l’indique l’origine latine de séduire (seducere) “conduire à l’écart, retirer la vigilance de l’autre”.

Au 12° siècle, séduire signifiait corrompre puis amener à la faute au 16° siècle. La définition du Robert donne : “gagner quelqu’un en le persuadant, en le touchant, en employant tous les moyens de plaire” ce qui implique une notion de volonté de capturer, d’attirer, de détourner l’autre.

La séduction peut s’apparenter à l’envoûtement, un pouvoir utilisé par les sectes, les gourous qui exploitent ceux qui ont des carences affectives, émotionnelles. Ce lien est à rapprocher de la première relation de séduction qui est celle entre l’enfant et sa mère dont il est entièrement dépendant pour survivre.

Au début la séduction est un moyen de survie puis elle s’élabore à la structuration du Moi par identification à notre environnement, aux modèles que l’on capte et que l’on calque autour de nous, c’est une manière de se présenter, de se montrer, c’est un lien avec l’autre.
Si nous avons une mauvaise image de notre Moi, donc de soi, notre pouvoir de séduction est dévalorisé. Nous séduisons en fonction de cette image de soi qui est un ambassadeur du Moi. Dans ce cas, nous pouvons user de notre charme qui se substitue à la séduction.

L’éducation est une dépersonnalisation de l’enfant, qui est un individu, pour l’inclure et préserver l’intégrité de son groupe. Sa famille lui apprend les règles de vie en collectivité. Elle modifie son Moi idéal jusqu’à parfois, une distanciation complète engendrée par le Surmoi, notre ensemble de croyances. « ex : Je le fais toujours ainsi parce que c’est comme ça qu’il faut le faire! »
Si nous sommes conscients de cette dépersonnalisation, nous pouvons dépasser les limites du Surmoi et empêcher l’émergence de frustrations qui limitent l’accès à nos valeurs de base.

Vis à vis de nos parents, nous sommes la moitié de l’un et la moitié de l’autre plus un petit quelque chose qui nous rend unique, qui nous est propre et qui définit notre valeur en tant qu’individu.
La séduction inconsciente c’est la séduction obsessionnelle. Le Moi a peu d’emprise sur elle mais c’est tout de même un comportement actif qui permet de compenser le manque d’affection de la part des parents.

Comme l’ont démontré différents artistes ou écrivains au physique ingrat mais qui sont reconnus comme séducteurs, là où se trouve notre faiblesse, se trouve notre force et c’est là qu’il faut travailler pour construire notre propre pouvoir de séduction.
La provocation est une forme de séduction, c’est un besoin d’être reconnu, d’exister d’une manière ou d’une autre. Il s’agit de se faire remarquer, d’être reconnu. Qui dit problème de reconnaissance dit problème au père, à l’autorité.
L’artiste (peintre, musicien, sculpteur,…) va au delà des règles, il laisse aller ses pulsions. Il refuse la notion de groupe, c’est un individu, en captation avec lui-même et qui possède un Moi plus développé ou plus obsessionnel, il est proche d’un état narcissique.
Les grands créatifs ont toujours été bannis par le groupe, d’instinct conservateur, jusqu’au moment où leurs mouvements créatifs deviennent des classiques, atteignent un statut de normalité. Ils font alors leurs entrées dans le groupe.

Le charme irradie, la séduction capture