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J’existe par ou pour l’autre ?

“J’existe par l’autre” ou “j’existe pour l’autre” ?

Quand “j’existe par l’autre”, j’attends d’être de la part de l’autre, je suis dépendant d’une autorisation, d’un signe, d’une reconnaissance qui me donne vie par ce lien avec l’autre.
Quand “j’existe pour l’autre”, je m’autorise à être par moi-même, je peux donner et recevoir, être en relation avec l’autre en étant moi-même, sans dépendance.

Passer du lien à la relation implique d’exister indépendamment de l’autre, indépendamment de ce lien qui, s’il est rompu, réveille les peurs d’abandon et de rejet.

Etre en relation, c’est donner sans attendre et recevoir sans crainte. L’autre a le droit de refuser ce qui lui est donner sans que le sentiment de rejet puisse se manifester. L’autre a le droit de recevoir et de ne pas exprimer sa gratitude sans que le sentiment de non reconnaissance ne se manifeste.

Le niveau d’indépendance, et donc de dépendance, ne se mesure pas dans la joie de ce que vous recevez mais dans la douleur de ce que vous ne recevez pas.

La relation est faite d’échanges qui l’enrichissent des échos qu’ils induisent mais qui ne peut être affaiblie de l’absence de réponse à ce qui se produit.

Un enfant, qu’il ait été désiré ou non, existe et nul besoin d’autorisation pour cela. Quand ses besoins vitaux étaient de la responsabilité parentale, la pulsion de vie s’exprimait en tissant des liens de dépendances forts et la pulsion de mort se frayait un chemin dans les peurs qui s’enracinaient auxquelles il fallait s’adapter.

Devenu Adulte, l’enfant trouve sa propre responsabilité à être et combler ses besoins vitaux, quand il a pu dépasser ses peurs, en favorisant sa pulsion de vie dans sa relation à l’autre.
Quand les peurs sont trop fortes, il lui arrive de transmettre sa responsabilité à un substitut parental en maintenant un lien de dépendance et réagissant ainsi à ses pulsions de mort en cherchant Sa protection.

Où se trouve le besoin de l’autorisation parentale, le besoin de l’autre pour exister ?

“J’existe par l’autre”, est une adaptation aux blessures en demandant la reconnaissance protectrice de l’autre.
“J’existe pour l’autre”, est une affirmation d’exister par soi-même avant de partager les désirs pour et de l’autre.

en résumé, “JE SUIS (*) ET JE VIS MES DESIRS” …

*: du verbe “être” et non plus, “suivre” !…  😉

Attachement et liberté, du besoin aux désirs…

L’expérience est indispensable en relation humaine, elle mène à la maturité, à la connaissance de soi. Dans un rapport humain, on agit en fonction de son schéma parental et des comportements adaptatifs intégrés dans notre éducation comme étant la réalité.

Le schéma de sécurité primale, qui se référe à la petite enfance, montre une peur de l’abandon, de l’insécurité. On cherche à élucider un problème que l’on ne peut résourdre, un besoin instinctif de survivre sans conscience de ce besoin… On demande à l’autre une sécurité pour évacuer cette peur ancestrale. Cela implique un sentiment de dépendance vis à vis de la Mère nourricière pour répondre au besoin viscéral de survie.

Dans une relation d’adultes, le schéma “satisfaction de nos désirs” implique un besoin de l’autre mais pas une dépendance et amène un schéma parent-enfant par alternance mais avec toujours un dominant (le parent est un enfant caché qui demande beaucoup).
Le schéma de besoin est différent du schéma de désir car la fonction de besoin est inhérente au fonctionnement de la personne et s’arrête quand le besoin est comblé. Une mère qui couve trop son enfant va créer des besoins mais pas des désirs et donc des dépendances. On peut vivre si nos désirs ne sont pas satisfaits, on les cultive mais on ne peut pas vivre si nos besoins ne sont pas satisfaits, il y a une réelle domination de celui qui est soumis à ses besoins.
Trop de satisfactions des besoins annihilent l’émergence du désir, celui-ci vient du manque et amène la création, l’énergie, l’envie. La mère représente l’affectif tandis que le père représente la reconnaissance.

L’Adulte a des désirs, l’Enfant a des besoins au sein de sa tribu mais va assouvir ses désirs en dehors par instinct de sauvegarde qui l’empêche de désirer celui qui répond à ses besoins. Le désir disparaît lorsqu’il est assouvit mais réapparait rapidement, c’est un cycle qui s’anime en permanence. L’enfant doit passer du stade des besoins à celui des désirs sinon cela laisse supposer un schéma de castration qui provoquera des troubles chez l’adulte en devenir.
Le désir est une élaboration du parent qui fait l’apprentissage de l’enfant par frustration et interdit (éducation).
Le besoin ne fait pas émerger de pulsion, le désir, oui…

L’adolescent se positionne face au schéma parental par besoin de s’affirmer, besoin d’indépendance, prise de conscience de ce que l’on est par différenciation. La période adolescente est l’occasion de s’affirmer et donc, permet la création du désir, la recherche du Moi, l’identification à l’extérieur par refus de l’identification intérieure (la famille), cela mène à la recherche d’idéal, d’absolu. Par instinct grégaire, il va chercher une autre tribu que sa famille avant que, plus tard, il ne fonde sa propre tribu.
Le désir + l’idéal = sentiment à l’autre même s’il n’y a pas de retour car on s’identifie au sentiment que l’on a et pas à l’autre, l’important étant ce qui est ressenti. La survie n’est plus un problème, l’essentiel est son identification au travers de son sentiment, c’est l’identification narcissique.

La révolte adolescente est indispensable à la structuration, aux prémisses du Moi, il faut “tuer” les parents, c’est indispensable pour ne pas rester dépendant. Un adolescent qui saute cette étape ne pourra pas effectuer l’individuation et devra un jour franchir cette étape s’il veut entreprendre la structuration de son Moi.

Plus tard, la personne prend conscience de ses désirs et va partager ce qu’elle connaît. L’enfant comme l’adolescent qui commence son identification ne connaît pas ses désirs. Le début du choix implique la liberté, la délibération avec soi-même, choix + responsabilité = individuation.

But: être différent pour être libre mais par forcément faire le contraire; être créatif, inventif, quelque chose en plus de l’original sans trop s’en éloigner pour ne pas perdre ses références intérieures.
Etre dans une histoire choisie en toute responsabilité, quand on connaît sa problématique, on sait évoluer.
Le désir fleurit mais la possession flétrit toutes choses (Proust)

Faut-il donc oublier qui l’on est pour devenir quelqu’un ?

L’éducation, exigence ou présence ?

Avant de devenir lui-même, un enfant est le prolongement de ses parents. Par son éducation, il s’imbibe de leurs attentes et de leurs craintes, de leurs défauts et de leurs projections.

Il se nourrit de tout cela pour devenir, mais si cet édifice parental n’est pas stable, pas structuré comment l’enfant pourrait-il se forger une identité stable et structurée ?
Les problèmes de l’enfant étant souvent les conséquences de son environnement, ne chercher à les résoudre qu’en se polarisant sur eux, c’est oublier les causes. C’est considérer que l’enfant est seul “responsable”.
Il est souvent difficile de voir la réalité de la situation telle qu’elle est. Cette vision de la réalité, aussi déstabilisante qu’elle soit, ne doit pas être considérée comme un jugement négatif, un échec mais simplement comme une situation, comme une information à prendre en considération pour que les choses puissent évoluer pour le bien de tous.
Il ne s’agit pas de stigmatiser tel ou tel mais juste de prendre conscience de ce qui se passe et que chacun puisse prendre sa place. Il s’agit que l’enfant puisse s’épanouir dans un climat apaisé et de confiance réciproque. Comme ses parents, l’enfant a besoin de se sentir soutenu et non jugé, il a besoin d’être considéré et non dévalorisé, il a besoin d’exister aux yeux de ses parents comme ses parents existent au travers son regard.

Il n’y a pas de cas difficile, il n’y a que des situations difficiles, des situations à pacifier.

éduquer un enfant

              quand l’enfant grandit…

Mêmes les parents les plus compréhensifs et les plus attentionnés peuvent envoyer des messages contradictoires à leurs enfants.
D’un côté, ils leur disent toute la bienveillance qui est la leur, il l’autorise à se tromper, à faire ses propres expériences, à tirer profit de ses erreurs. Par contre, au quotidien, ils s’interdisent à eux-mêmes toutes ces tolérances qu’ils voudraient autoriser à leur enfant ; Ils veulent et parfois, ils pensent devoir être parfaits, forts, indépendants, brillants, infaillibles. Que de pression !… mais où prend-elle sa source, quelle en est la motivation ?
L’enfant qui grandit par mimétisme, entend les autorisations verbales mais ressent les interdictions non verbales.
Il prend conscience de tous ces interdits que se fixent ses parents.
Cette prise de conscience s’impose au mental de l’enfant qui essaie en vain, d’enregistrer les messages permissifs délivrés par ses parents.

“Fais ce que je dis pas ce que je fais”, mais “l’enfant devient ce qu’il ressent, pas ce qu’il entend”

L’éducation, ce n’est pas apprendre, c’est développer les capacités d’apprendre, de réfléchir, de ressentir. L’éducation offre la liberté de choisir ce qui nous convient et nul ne peut savoir ce que l’enfant fera plus tard, des situations qu’il vit aujourd’hui.
Cela veut dire qu’il n’y a pas une seule réponse valable, une seule bonne manière d’élever un enfant, cela veut dire que l’enfant fera sien, les ressources qu’il tirera de chaque expérience vécue.
Culpabiliser sur son incapacité à bien élever son enfant, c’est se projeter dans un avenir qui n’existe pas, c’est oublier que l’enfant se construit de tout ce qu’il vit, en intégrant ou en rejetant ses émotions, en se forgeant des réponses les mieux adaptées aux situations vécues.
Culpabiliser, c’est juger ses propres contradictions.

L’éducation est l’oeuvre de toute une vie et ne s’arrête pas à la sortie de l’école. “Apprends moi et tu seras” peux dire l’enfant à ses parents qui, jour après jour, perçoivent des parcelles sans cesse renouveler de leurs croyances, de leurs a priori.

Un jour, grâce à leurs enfants, les parents s’aperçoivent qu’eux-mêmes, ils sont devenus grands …

Les autres changent en même temps que notre regard sur eux …

 

Jugement et comparaison

Se positionner vis à vis de l’autre est parfois chose compliquée du fait de nos perturbations respectives. L’image que nous avons de nous dépend des messages qui nous ont été martelés pour faire de nous, celui que nos parents souhaitaient, consciemment ou non.

Pour ce faire, nous avons dû enfouir certains traits de caractères, nous avons subi des interdictions et intégrer des obligations qui nous contraignent aujourd’hui dans ce rôle choisi pour nous.

Nous nous sommes adaptés à la situation familiale et sociétale dans laquelle nous avons grandi, cachés derrière nos masques, nous nous sommes conformés aux modèles compatibles pour être reconnu, accepté, désiré et aimé.

masques2

Ces éléments qui nous constituent vivent en nous. Qu’ils soient positifs ou négatifs, autorisés, interdits ou enfouis ils constituent des indicateurs primordiaux dans notre échelle de valeurs, celle-là même que nous utilisons pour estimer l’autre. L’autre n’existe pas pour ce qu’il est mais ce qu’il représente selon nos propres critères. Nous avons notre check-list et nous vérifions inconsciemment, critère par critère, comment il se situe, pour au final, faire la moyenne et le juger apte ou non.

Nous n’avons pas conscience de ce mécanisme et pourtant il se met en œuvre dans toutes nos relations. Nous le voyons dans les jugements que nous portons sur les autres, ceux qui s’autorisent ce que nous nous interdisons.

Il nous parait normal d’agir en tenant compte des autres, il s’agit d’une règle de vie en société, un principe que nous avons intégré mais dans l’exemple d’un sans-gêne, qu’est-ce qui nous perturbe le plus, son attitude ou le refoulement de notre liberté d’être sans-gêne ?

Si je vois l’autre transgresser cette règle qui est mienne, ce principe, cette valeur à laquelle je suis attaché, quelles sont les possibilités qui s’offrent à moi ?

    • La colère m’envahit et je l’insulte
    • La colère m’envahit et je fais comme lui pour lui montrer
    • La colère m’envahit mais je sais garder mon contrôle
    • La colère m’envahit, je dois aller ailleurs sinon j’explose
    • Je suis agacé et je lui dis que ça ne se fait pas
    • Je suis agacé, je respire et passe à autre chose
    • J’observe et je lui fais remarquer ce qu’il fait
    • J’observe et lui explique comment faire autrement
    • J’observe et je lui indique la nuisance occasionnée
    • J’observe sans réaction émotionnelle
    • Je vois

Voici quelques réponses non exhaustives auxquelles vous pourriez ajouter les vôtres. Au travers de celles-ci, nous constatons que l’autre existe et que notre réaction vient de nous, pas de l’autre. Si cinq personnes dans la même situation, réagissent différemment, cela signifie que la réaction que nous avons dépend de nous. Nous dépensons alors beaucoup d’énergie à combattre cette réaction ou affronter l’autre dans son sans-gêne affiché.

Quand nous utilisons des comparaisons comme, « moi, je ne fais jamais comme ça ! »,   « moi, je fais toujours comme ça ! » ou bien « avant, c’était bien différent », nous utilisons des formules préprogrammées qui nous positionnent dans notre histoire, dans nos croyances. Par la place que nous concédons à l’autre, nous nous référons à notre histoire, nos conditionnements, nos valeurs.

 

Plus nous avons enfoui en nous un trait de caractère, plus la colère sera importante de voir l’autre user de ce trait de caractère refoulé. Avoir conscience de nos refoulements nous permet de leur retirer leurs capacités énergivores. Nous pouvons les voir émerger quand la situation se présente, nous pouvons les observer et choisir d’agir avec une présence plus convaincante vis-à-vis de l’autre.

L’autre devient lui, débarrassé de nos projections sur lui

©2010 – Michel Schauving

difficulté à dire “je t’aime”

Comme l’évoque cette chanson de Louis Chédid, où se situe la difficulté à dire “je t’aime”

En quoi ces trois petits mots peuvent-ils provoquer tant de blocages, le chanteur parle de pudeur, mais que recouvre ce mot?
Cela rime avec peur, la peur de gêner l’autre comme le suggère L.Chédid mais que trouvons-nous derrière cette peur ?



Nos gestes, nos paroles parlent avant tout de nous, il s’agit donc de ramener cette difficulté d’exprimer ses sentiments à ce que cela nous indique sur notre perception du “je t’aime”.

Exprimer ses sentiments, c’est se dévoiler pour partager, pour donner et pour recevoir. Il s’agit d’établir une relation émotionnelle avec l’autre allant de l’amitié à l’amour passionné en passant par l’affection familliale. Les trois destinataires de cet échange sont l’autre, soi et la relation.

Pour l’autre, recevoir ce cadeau d’amour déclaré, c’est se positionner vis à vis de celui-ci. Cela revient à placer son curseur, sa focale sur le niveau qu’il juge compatible avec sa situation, ses propres critères, ses propres ressentis et ses désirs. Tout cela, celui qui se déclare ne peut en avoir conscience, c’est un autre monde, c’est le monde de l’autre, son univers qui nous est étranger. Nous sommes face à l’inconnu, face aux peurs de ne pas pouvoir y faire face, de décevoir, ne pas être à la hauteur.

Tout cela impressionne, aussi bien celui qui se déclare que celui qui reçoit, et donc, limite l’expression spontanée de nos sentiments.

Pour soi, donner ce cadeau, cela signifie que l’autre est considéré comme en mesure de le recevoir, d’accepter ce message.

Cela sous-entend qu’il devrait être réceptif et nous retourner ce que nous attendons. Mais l’autre peut-il connaître les désirs profonds de celui qui se déclare, peut-il s’intégrer dans cette histoire qui l’invite et le met également face à sa propre histoire, face à ses propres capacités à répondre à cette sollicitation qui le flatte et qui l’effraie. Ne risque-t’il pas de confondre “être par l’autre” et “être pour l’autre” ?

La relation, qu’elle qu’en soit la forme, c’est la suite attendue ou refusée de cette déclaration. Cela signifie un engagement, une réciprocité entre deux personnes, chacune revêtue des doutes et des peurs qui les inhibent ou des désirs et des espoirs qui les transcendent. Cette rencontre de deux histoires, de deux vies, c’est la rencontre de blessures qui s’opposent ou qui se complètent. C’est trouver des réponses à des problèmes qui habitent chacune des histoires, c’est donner pour recevoir, c’est recevoir pour donner, c’est échanger et trouver un équilibre entre soi et l’autre.

Quand la réponse à une déclaration est “jugée” insuffisante, cela peut réveiller une blessure d’enfance, ne pas être accepté, ne pas être à sa place, ne pas être à la hauteur des espérances de l’autre et donc se sentir dévalorisé, rejeté.

Accepter sur l’impression que l’on donne et qui parle de notre image, de notre égo, pas de nous, c’est accepter par le sentiment d’être flatté, c’est fuir le réel pour un monde imaginaire, bercé d’illusion.

Accepter sur la base de notre propre ressenti sur l’autre, c’est avoir confiance en soi, accepter son imperfection comme celle de l’autre afin de construire une relation d’accueil de ce qui est, la plus épanouie possible.

Ces trois petits mots sont donc chargés d’histoires qui les rendent lourds de sens, difficiles à prononcer car ils engagent notre image, notre confiance en nous. Certains, très à l’aise avec leurs images, prononcerons ces trois petits mots avec aisance car ils vont flatter leurs propres images. La confiance qui est la leur ne dépend pas de l’autre, elle est en eux. Ils ne doutent pas de l’impression qu’ils font sur l’autre, celle-ci ne semble pas pouvoir entacher leurs propres certitudes.

Quand notre image a perdu de son importance au profit de ce que nous sommes vraiment, nous retrouvons la liberté d’exprimer nos sentiments sans attendre de retour particulier. S’autoriser à dire “je t’aime”, c’est faire connaître à l’autre l’importance que nous lui donnons, c’est lui permettre de recevoir la satisfaction qui peut être la notre quand nous recevons ces trois petits mots.

Reste la gradation que nous mettons dans ces trois petits mots et qui peuvent mener à des ambiguïtés que nous levons par l’ajout de qualificatifs. “Je t’aime un peu, beaucoup, à la folie, pas du tout” … souvenir d’enfance pudique quand nous expérimentions face à une marguerite, cette échelle de la relation à l’autre, à nous…

Aujourd’hui notre palette s’est étendue, les nuances sont multiples, mais le besoin est le même, donner et recevoir de l’amour, être en lien avec l’autre, en relation.

Quand pouvoir dire “je t’aime” est devenu naturel, que nous pouvons nous autoriser à le dire et à l’entendre pour ce qu’il est, sans rien attendre, nous pouvons apprécier la sensation qui nous pénètre et nous charger de l’émotion qui nous envahit.

Et quand parfois, les deux focales sont au diapason, une nouvelle histoire se met alors à vibrer d’une douce chaleur… quoi de plus beau ?

Peut-on dire “je t’aime” sans commencer à s’aimer soi-même ?

 ©2010 – Michel Schauving

Influence des blessures d’enfance dans nos relations

Dans les rencontres que nous faisons, nous observons, percevons, admirons, jugeons, critiquons, jalousons, envions mais quand nous regardons de plus près toutes ces pensées qui nous traversent, de qui parlent-elles ?

Nous pouvons commencer à ressentir à quel point nos croyances, sur ce qui doit être, influencent notre perception de l’autre. Nous pouvons apercevoir les projections et les transferts que nous faisons, toutes ces interprétations de nos désirs, de nos craintes que nous matérialisons sur l’autre. Il devient le personnage d’un film dont il n’a pas encore conscience et ceci, bien avant les premiers échanges verbaux. L’autre n’est pas, il devient ce que nous imaginons, voulons. Il est ce que nous projetons de notre histoire.

Les blessures contacts que nous avons intégrées enfant, comme le rejet, l’abandon, la trahison, l’humiliation ou l’injustice, nous espérons inconsciemment que l’autre puisse les compenser. Il ne peut les guérir car n’en ayant pas conscience, nous ne pouvons pas imaginer qu’une guérison soit possible. Ce qui se joue là, c’est un comportement qui est dépendant de ces blessures, nous ne sommes pas nous-mêmes mais uniquement le résultat de l’image qui s’est adaptée à ces blessures. Pour conserver l’amour parental, nous avons dû intégrer ces blessures comme un fonctionnement naturel. Dans nos relations, se rejouent cette même dépendance ou adaptation au schéma parental et aux blessures associées. Quand une relation commence, un équilibre et un mode de fonctionnement adapté va commencer à s’établir selon ces différentes blessures.

Pour la blessure de rejet, il peut y avoir beaucoup d’hésitation à aller vers l’autre de peur de ne pas correspondre à ses attentes, ne pas être à la hauteur, déplaire. Une exigence inhibante s’installe. Il va falloir paraître idéal aux yeux de l’autre pour être accepté, faire des concessions et refouler ses propres désirs au profit de ce non-rejet. Etre en retrait, prudent et ne pas tout dire, ne pas froisser.

Pour la blessure d’abandon, il va falloir être adopté et fusionné pour tisser un lien fort, indestructible et sécurisant. Ne pas être abandonné c’est avoir un rôle suffisamment important pour garder sa place. C’est se rendre indispensable à l’autre pour rester, ne pas être exclu. Une atmosphère lourde peut s’installer si l’un se sent totalement dépendant et que l’autre se sent exploité dans ce rôle protecteur qu’il a lui-même choisi.

Pour la blessure de trahison, le comportement sera plus possessif car la confiance est difficile à donner. Elle semble vitale car une relation ne peut s’établir que sur cette confiance, cette fidélité. Ce climat de suspicion rend la relation compliquée et source de malentendus. Il est alors difficile d’être naturel car cette blessure implique des non-dits, des mensonges par omission pour ne pas impacter l’autre, ne pas être impacté.

Pour la blessure d’humiliation, la crainte que cela recommence va rendre très prudent, va amoindrir les sensations pour ne pas s’exposer, se montrer, se livrer. Tout sera dans la mesure, ne pas faire de vague, ne pas être vu, ne pas être jugé. L’opinion de l’autre a tellement d’importance que cela va induire un comportement très effacé pour ne pas donner de prise aux critiques.

Pour la blessure d’injustice, il sera nécessaire de recevoir des signes de satisfaction pour engranger ce sentiment de reconnaissance, de valeur qui a tant fait défaut dans l’enfance. Il va donc s’agir de faire plaisir, d’être dévoué et de montrer une image valorisée selon les critères de l’autre. Il va falloir être à la hauteur des espérances de l’autre avec la peur de ne pas le satisfaire.

La rencontre, une valse à trois temps

On croise des gens par hasard mais la rencontre, elle, n’est pas due au hasard mais est provoquée par l’affectif, l’émotion par nos chaines mémorielles qui s’activent.

Elles modifient notre vision de l’autre, une rencontre, c’est la rencontre de deux histoires, de deux énergies, de quatre énergies.

Nos comportements sont basés ces trois piliers fondamentaux :

  • Le Père mythique: il apporte la pulsion, l’énergie positive, le besoin d’action
  • La Mère mythique: elle apporte l’affectif, la sécurité nourricière, l’instinct de survie
  • Le Couple mythique: c’est la référence que l’enfant construit à partir de sa relation parentale

S’il y a absence d’un parent, l’enfant va le chercher dans un parent de substitution car il a besoin de cette référence, d’une identification pour construire son propre Moi.
Si l’enfant doute de la protection parentale, il va développer une peur et sera dépendant de l’extérieur. Il cherchera l’appartenance au groupe pour se rassurer, pour subsister. Il cherchera une image qui le rendra aimable, accepté, reconnu, unique, image qui le valorisera.
Si l’enfant ne reproduit pas son schéma parental, c’est qu’il cherche son identification et qu’il a déjà atteint un certain niveau de conscience
Celui qui reproduit son schéma parental cherche le couple “idéal”, illusion de son image du couple mythique. Quête inatteignable qui provoquera des relations courtes et répétitives.
Une situation idéale est toujours mal vécue car nous la recherchons sans être capable de l’assumer. Cela engendre des relations problématiques, alimentées en malentendus et de courtes durées.
Le parent de sexe opposé représente l’idéal alors que le parent de même sexe représente le rival et provoque l’interdit
Avant le couple était une obligation, aujourd’hui il s’agit d’un désir, d’une relation consentie, son équilibre est donc plus fragile.

L’état d’une relation est fonction de l’état de l’évolution personnelle

Trois stades par lequel nous devons passer dans cette évolution

  • disparition du Je au profit du Moi, l’individu disparaît au profit du groupe, « je m’identifie … »
  • le Moi disparaît au profit de l’être, « je deviens … »
  • dissolution de l’être au profit du Je, « je suis … »

De même, une relation amoureuse passe par les trois stades suivants

  • amour aveugle: quand nos projections viennent du fond de notre histoire et nous transcendent
  • désillusion: quand la réalité reprend le dessus
  • amour lucide: L’idéal devient illusoire, détrôné par le réel

Il faut avoir conscience de la désillusion pour en tirer profit; elle est obligatoire pour savoir qui nous sommes. Ce n’est pas le talent qui fait bouger, mais la résistance, le frein.
Si l’émotion l’emporte sur l’affectif, quand on dit “Je t’aime”, on dit “j’ai besoin de toi”

Toute la vie nous remplissons notre catalogue d’identification, nous remplissons nos systèmes mémoriels, nos références à partir de nos expériences, de nos rencontres selon nos 3 critères mythiques.
Lors d’une rencontre, nous transférons une image de ce catalogue sur l’autre, l’autre passe dans notre histoire (transfert) puis nous habillons cette image en fonction de nos désirs (projection). L’autre devient le héros d’un film dont il n’a pas encore conscience et ceci, bien avant les premiers échanges verbaux.

Le problème survient quand l’image émise ne correspond pas à la réalité, quand nous n’aimons pas ce que nous sommes. L’autre nous a déjà identifié et il se trompe rarement d’où un déphasage flagrant et une relation vouée à l’échec.
La seule réalité qui existe, c’est la réalité individuelle, c’est à dire que nous sommes avec l’autre comme avec soi-même. Si nous voulons limiter, contrôler le transfert, nous limitons le désir.

Il n’y a pas d’émotion sans pulsion sinon il ne s’agit pas de désir mais de reconnaissance tout comme il n’y a pas de pulsions sans émotion mais des pulsions avec des émotions refoulées par la peur. Un objet jugé trop inaccessible peut accroître le désir à un niveau tel qu’il en devient inhibant.

  • Dom Juan montre un refoulement pulsionnel. Il séduit mais ne consomme pas, avec le but de punir sa mère car il a subit des carences émotionnelles dans son enfance.
  • Casanova montre un pulsionnel qui est sujet au refoulement émotionnel. Il consomme mais enfouit ses ressentis.
  • Artemis fait preuve de refoulement émotionnel En tuant tout homme qui la regarde, elle détruit ses émotions

L’amour et l’indépendance amène à l’indispensable

De la relation à l’interconnexion

Etre en relation, établir un lien sans être en lien avec soi-même, c’est fixer son histoire sur la voile de nos désirs et de nos besoins.

C’est donner procuration à l’autre pour obtenir ce qui nous manque en lui présentant ce sur quoi il peut s’agir et nous faire avancer. La relation s’appuie sur des attentes mais au fil des mois, les attentes évoluent et le lien s’effiloche sur temps calme.

“Je me berce d’illusions !…”

Si les effets de nos attentes sont ressentis, leurs existences sont souvent ignorées bien qu’il nous arrive d’en prendre conscience quand nous disons que nous nous bercions d’illusions.
« Je me berce d’illusions », une simple expression qui en peu de mots, nous dit beaucoup. Un condensé où chacun des mots a son importance.

Le « Je » qui me place comme acteur, qui parle de ma responsabilité à aller chercher, à attendre, à demander. Il s’agit de ce dont nous avons besoin, ce dont nous avons envie, ce qui nous manque et comment nous pouvons l’idéaliser, comment l’autre doit nous l’apporter. Il ne connait pas nos attentes, nos désirs car nous-mêmes, nous les ignorons mais l’autre doit tout de même relever le défi d’y répondre.
Le « me » qui parle de moi, de mes croyances, de mes principes, de mes idéaux, de tout ce qui constituent l’image que je porte, que je veux montrer, que je veux démontrer. Agir en fonction de qui nous sommes, de ce qui peut accrocher l’autre, les prises enfouies de notre histoire que nous lui tendons. Il devient la projection de nos inaccomplis, le transfert de nos désirs, le miroir de nos attentes, la réflexion de nos pensées.

Le « berce » qui évoque la régression dans la prime enfance, dans l’abandon maternel, dans la dépendance à l’autre, dans la fusion protectrice de ces bras enveloppants. C’est se rassurer par la présence de l’autre, lui demander de calmer nos peurs, nos doutes, nos angoisses. Etre compris, accepté, rassuré et ne pas être abandonné, rejeté, humilié. Il s’agit de compensations, d’obtenir de l’autre ce que nous pensons impossible à obtenir par nous-mêmes.

Le « d » qui définit l’indéfini, le pluriel amputé. L’étendu des demandes masque le besoin véritable par une kyrielle de manifestations détournées de nos désirs. Une multiplicité de contacts pour que l’absence de l’un d’eux ne soit pas signe d’abandon. Une démultiplication pour ratisser large, pour obtenir plus, pour obtenir quelque chose, ce petit rien qui signifie que nous ne sommes pas seuls.

Le « ‘ » qui symbolise cette relation, la transition de nous à l’autre, apostropher l’autre. Ce lien suspendu entre nos attentes et celles de l’autre pour sonder sa capacité à y répondre et notre volonté d’y contribuer. Une virgule qui flotte, une ponctuation qui s’envole dans les nuages de nos pensées, une menace d’abandon, un lien fragile qu’il nous appartient d’entretenir tant que cette enveloppe est notre représentation de qui nous sommes.

Les « illusions » qui révèlent ce que nous savions au fond de nous, sans vouloir nous l’avouer. Oui, nous demandons à l’autre ce qu’il ne peut nous donner, ce que personne ne peut nous donner, personne d’autre que nous-mêmes. Ces illusions, ces chimères venues d’un autre temps, d’un passé lointain qui draine ses vestiges jusqu’ici, dans un flot de demandes. Expression de nos manques d’hier qui transpirent dans chacun de nos gestes, de nos mots, de nos pensées. Expressions qui sont le souffle qui gonfle l’enveloppe de nos désirs, de nos besoins derrière laquelle nous nous protégeons.

« Se bercer d’illusions » nous permet de prendre conscience que l’autre n’est que le substitut de notre capacité à prendre nous-mêmes la responsabilité de notre bonheur. Nous apercevons que nous flottons sur les vagues de la vie, propulsés par le souffle des autres dans les voiles de nos désirs et de nos besoins, mais personne ne tient vraiment la barre.

Ramener la voile de nos désirs et de nos besoins pour voir qu’ils n’étaient que la manifestation imprimée de nos manques et de nos blessures. Quand nous demandons à l’autre de nous reconnaître, de nous accepter, de nous protéger, de nous respecter ou de nous entendre, nous exprimons des sensations enfouies de n’avoir pas été reconnu, d’avoir été rejeté, d’avoir été abandonné, d’avoir été humilié ou d’avoir été trahi. Blessures qui peuvent nous paraître disproportionnées dans les termes mais qui sont à l’échelle des ressentis émotionnels de l’enfant d’hier et des peurs qui étaient les siennes, peurs qu’il a dû intégrer pour s’adapter et devenir.

Nos blessures d’enfance

Quand nous percevons comment notre relation aux autres est teintée du souvenir de ces blessures d’enfance, alors nous pouvons sentir que la relation ne pourra masquer qu’un temps la vraie demande qui émane du fond de nous, du fond de nos émotions. Une demande qui rend discordante la relation car elle est calée sur autre chose, teintée des attentes réciproques et tout aussi décalées.
Si nous-mêmes ne sommes pas en mesure de transcender les blessures qui nous impactent, comment pourrions-nous reprocher à l’autre de ne pas pouvoir le faire pour nous. L’acceptation de soi, c’est accepter ces blessures comme celles de notre passé, elles s’appuient sur notre référentiel émotionnel d’hier et non plus sur la personne que nous sommes devenus.

Ces blessures peuvent être actives mais quels seraient leur impacts si nous ne leur accordions pas autant de place, si ces blessures ne conditionnaient plus notre relation aux autres, si nous n’avions plus besoin de demander à l’autre de les prendre en charge. Nous avons le choix et le droit de prendre la barre, de naviguer en fonction de nos aspirations et ne plus se laisser emporter par les croyances induites de nos besoins d’hier. Il nous appartient de moduler l’intensité de ces blessures à notre échelle émotionnelle d’aujourd’hui pour s’apercevoir que les enjeux ne sont plus les mêmes.
Sans avoir besoin de changer notre vie, nous la dépouillons des prises sur lesquelles s’accrochaient nos souffrances. Nous lâchons prises et profitons de chaque instant pour lui et non plus pour combler hier ou protéger demain. Nous sommes dans l’instant présent, pleinement réceptifs à nos émotions dans l’intensité de l’échange qui se produit.

Les relations amicales, de couple, possessives, agressives, passives, dépendantes, découlent souvent de ce lien entre désirs et besoins directement issus de nos manques respectifs, des compensations d’émotions non abouties et qui cherchent à se satisfaire par transposition inconsciente. Quand nous pouvons ressentir comment nous serions, quelles émotions surviendraient si cette relation s’arrêtait dans l’immédiat, nous pouvons alors sentir le besoin qui l’alimentait. Nous pouvons ressentir comment nous sommes dépendants de cette relation autrement que pour le seul plaisir d’être ensemble. Il ne s’agit pas d’y renoncer mais au contraire de ressentir nos relations pour elles-mêmes.
Quand nous sommes pleinement centrés sur le présent, nous entrons en interconnexion avec nos émotions, avec l’autre et avec les émotions de l’autre. L’interconnexion se situe à plusieurs niveaux pour atteindre un échange émotionnel intense car complètement en phase avec l’instant présent. Aucun artifice n’est nécessaire pour le sublimer, juste cette interconnexion entre deux êtres complètement disponibles et présents en eux et avec l’autre.

A la différence de l’état amoureux qui procure des sensations similaires sur une durée limitée, l’état inter-connecté est pleinement conscient et vécu, il répond au besoin relationnel véritable.
Etre inter-connecté c’est donner priorité aux émotions principales et laisser passer les émotions réactionnelles sans s’y accrocher.
Il me parait intéressant de s’interroger sur les sensations qui seraient les nôtres si ces blessures n’étaient plus de la responsabilité de l’autre mais de nous-mêmes.

En quoi le besoin de reconnaissance est-il si fondamental ?

Pourquoi ce besoin de reconnaissance est-il si répandu et comment agissons-nous sous son influence ?

Rien que le mot fondamental parle de soi. Le besoin de reconnaissance constitue la base de notre raison d’être, la fondation, le fond qui matérialise que nous existons. Si nous ne sommes pas reconnus, comment pouvons-nous exister. La question se pose alors de ce qu’est la reconnaissance.

En effet, être reconnu pour ce que l’on fait, ce que l’on dit, ce que l’on apporte, est-ce être reconnu pour ce que l’on est ?

Si oui, cela voudrait dire que nous existons par nos actes et non par nous-mêmes mais nos actes sont-ils le reflet de notre personnalité ou de ce que les autres attendent de nous, pour eux.
Quand nous sommes centrés, quand nous agissons selon notre personnalité vraie, la reconnaissance est une conséquence satisfaisante mais non nécessaire de nos actes. Nous pouvons agir sans pression mais dans l’espérance d’obtenir le plaisir de l’accomplissement. Chaque action devient une expérience profitable et quand ce que nous faisons, en conscience et en accord avec nous-mêmes, est bien reçu alors oui, les retours que nous obtenons font du bien, beaucoup de bien et renforcent qui nous sommes. Elle agit sur l’estime de nous sans pour autant flatter l’égo car cela ne concerne pas notre image mais nous-même.

Quand nous présentons ce que l’autre attend, la reconnaissance devient la cause de nos actes, un enjeu dans la mesure où son absence nous impacte. Elle induit donc une pression du résultat et un risque d’échec. Quand nous recevons les signes de reconnaissance demandés, alors nous engrangeons un plaisir, ce plaisir que nous attendions dans l’instant mais qui ne répond pas à la blessure d’hier. Ce plaisir se teinte de la frustration que ce n’est pas assez, la blessure que nous ignorons est toujours présente, active alors oui, ça fait très plaisir mais il faut encore demander car l’écho de reconnaissance n’est pas la reconnaissance que nous recherchons. Cette reconnaissance-là ne dépend pas de la situation présente, de la personne actuelle, il ne pourra y répondre. Nous ne pouvons la trouver qu’en nous-mêmes, nous sommes les seuls à pouvoir agir. Cela se passe quand l’acceptation de qui nous sommes aujourd’hui transcende la croyance de qui nous pensions devoir être hier.

En quoi le besoin d’être accepté influence-t-il notre comportement ?

Ne pas être accepté sous-entend que tel que nous sommes, il manque quelque chose pour que nous soyons acceptables aux yeux, aux idées, aux pensées de l’autre.

Cela veut dire que pour être accepté, il faut se conformer aux croyances de l’autre sur qui nous devrions être ou plus exactement se conformer à nos propres croyances sur les croyances que l’autre a de qui nous devrions être. Mais qui est cet autre que nous interrogeons de nos pensées secrètes pour savoir si nous sommes compatibles avec ses désirs tout aussi secrets.

Que de non-dits pour être accepté, pour que notre image soit compatible et bien souvent, sans demander ce que l’autre attend vraiment de nous, sans lui dire ce que nous attendons de lui.
Pouvons-nous vraiment demander explicitement cela, le dire en toute sincérité sans être centré sur nos vraies attentes, sans les avoir triées de nos croyances, de nos principes, de nos valeurs.
Entrer en relation avec soi-même pour faire le tri de nos idées est un cheminement difficile car nous ne pouvons trier qu’avec notre mental, avec notre réflexion et que celle-ci se nourrit de nos croyances, de nos valeurs, de nos principes. Etre juge et partie ne prédispose pas à l’objectivité de ce que nous sommes vraiment et de ce que croyons être. Le cheminement est d’autant plus difficile que le jugement est l’apanage du mental et que qualifier difficile ce cheminement est l’évitement qu’il a trouvé pour ne pas l’aborder.
Où se trouve la difficulté d’être en relation avec soi-même si ce n’est d’aller chercher notre propre acceptation de qui nous sommes. Cela indique que nous cherchons à nous accepter, que nous voulons nous autoriser cela sans avoir à le demander à l’autre. Mais alors, si nous n’avons pas besoin de l’autre pour être accepté, nous n’avons pas besoin de l’autre, nous sommes seuls ! Ce sentiment de solitude peut être effrayant quand il fait résonance à l’inquiétude de l’enfant de ne pas être aimé et se sentir rejeté s’il n’était pas conforme à la demande ressentie.

La relation à l’autre est une nécessité mais ce n’est pas vital, ce n’est plus aussi vital que pour l’enfant d’hier. Etre en relation avec soi-même, trouver l’énergie de sa propre acceptation nous libère de cette demande d’acceptation à l’autre. Cela fluidifie nos relations qui se construisent alors sur des échanges naturels et non induits. Etre bien avec l’autre pour le seul plaisir d’être bien est une satisfaction issue de l’acceptation réciproque des spécificités de chacun.

En quoi le besoin d’être protégé est un besoin vital ?

Se sentir protégé, c’est la reconnaissance des capacités de l’autre à affronter les dangers pour nous, à nous donner les moyens de vivre, de survivre.
En quoi l’adulte d’aujourd’hui peut-il se sentir aussi menacé dans son intégrité, dans sa survie qu’il doive vivre avec ce besoin d’être protégé. Bien sûr que c’est rare, nous sommes assez grands pour ne pas avoir besoin de l’autre pour cela, nous sommes de plus en plus indépendants et responsables !…
Oui bien sûr, mais quelle blessure se dissimule derrière ce besoin d’être protégé si ce n’est la peur de l’abandon. La relation que nous construisons dans un couple est-elle influencée par cette peur, en regardant de plus près, nous pouvons le supposer.

Cette peur de l’abandon se traduit par des comportements de soumission inconscients, de prises de décisions difficiles, par des paroles, des actes retenus pour ne pas déplaire. Se conformer à l’autre pour ne pas risquer la séparation mais en même temps ruminer sa frustration de ne pas pouvoir être naturel, ne pas s’affirmer. L’envie de plaire, de séduire, de convaincre, de communiquer, d’être en lien pour être reconnu, accepté, ne pas provoquer de conflit et obtenir sa place dans l’univers de l’autre, se sentir accueilli, se sentir protégé.
Ce comportement implique un jeu inconscient pour être compatible. Quand ce jeu est réciproque, la relation est faussée à la base tant qu’elle reste sur ce niveau d’échanges. Quand elle n’est pas réciproque, nous assistons alors à des jeux de pouvoirs, de soumission, domination qui peuvent être une base acceptée de la relation. Cela s’appuie fortement sur ces blessures et peut fonctionner tant que l’activation de ces blessures apporte un bénéfice réciproque.

Quand ce besoin est fortement ancré, l’éparpillement relationnel est un moyen de diversifier ce besoin d’être en lien de toute part pour ne pas risquer de se retrouver seul face à sa peur et ce, d’autant plus que la relation de couple ne remplit pas son rôle d’accueil réciproque. Se sur-investir pour ne pas se retrouver face à l’autre, face à soi.

Le paradoxe de cette peur de l’abandon est que bien que disposant de toutes les ressources pour se protéger soi-même, nombre de personnes s’en remettent à l’autre, au groupe. Il s’agit alors de se centrer sur soi pour reconnaître ses propres ressources, pour obtenir la confiance en soi et ne plus dépendre de l’autre comme nous en dépendions jadis. L’adulte d’aujourd’hui a le droit d’accepter ses propres talents et de les utiliser pour lui-même. Cette peur de l’abandon se nourrit du manque de confiance en soi et des peurs qui régnaient et transpirent encore aujourd’hui sans que nous le ressentions complètement.
Gagner sa propre confiance et obtenir sa propre acceptation pour ne plus la demander à l’autre et pouvoir profiter des plaisirs de la relation, ressentir la force des amitiés telles qu’elles sont, sans la crainte de les perdre. Elles ne seront que plus intenses.

Le besoin d’être respecté, un besoin qui vient d’où ?

Etre respecté semble une évidence et mais ce qui se révèle dans cette expression est un positionnement en victime qui puise d’éventuelles causes dans des situations concrètes. Les trois blessures précédentes, bien que pouvant être issues également de situations précises ont plus de facilités à être générées lors de l’installation et l’activation de nos croyances, comme un sentiment issu des non-dits, des non-reçus, des manques qui s’appuient sur des impressions diffuses.

Etre respecté reflète plus naturellement la réaction à une humiliation subie ou ressentie et sur laquelle ou lesquelles nous pouvons mettre des images précises, des mots évocateurs.
Le paradoxe de l’enfant est d’associer les émotions de l’humiliation et celles des attentes qui étaient les siennes de respect et d’amour. Imaginer être indigne d’être aimé est si difficile à supporter que supporter l’humiliation lui parait plus adapté. Il va donc se convaincre d’être responsable de ses humiliations et que c’est par amour, pour qu’il s’améliore que ces humiliations lui sont infligées.

La croyance qu’il ne mérite l’amour qu’en étant humilié peut alors s’installer. Que faire de cette croyance, soit l’accepter et se comporter en victime en la reproduisant, soit lutter contre et affronter le monde, affronter l’autre dans des rapports de force, des relations conflictuelles. Dans les deux cas, ce positionnement de la relation se fait autour de ce besoin d’être respecté mais plus encore autour de l’humiliation, générant des émotions fortes mais peuvent-elles être satisfaisantes ?

Une exigence s’installe qui impose le respect, les règles, mais à qui sont-elles destinées si ce n’est d’abord à soi-même pour ne pas risquer la critique et ensuite aux autres qui transgressent ces principes fondateurs de notre comportement. Ce positionnement en victime qui a subi et ne veux plus subir interfère fortement dans la place que nous choisissons de prendre dans la relation.

Comment voir le respect dans les yeux de l’autre quand nous-mêmes sommes extrêmement critique sur nous-mêmes, nous infligeant des jugements sans concession, placardés aux frontons de nos croyances. Quand notre comportement met en avant notre propre dévalorisation, les retours que nous en avons s’appuient sur celle-ci, et justifie nos propres doutes et projections. Nous n’avons pas besoin de signes d’humiliation puisque nous allons les chercher pour conforter nos croyances. Quand parfois, l’humiliation s’installe réellement, les émotions de douleurs se mêlent curieusement au sentiment d’être aimé parce que reconnu dans l’image que nous avons de nous-mêmes.

Etre bienveillant avec soi-même, s’aimer et s’accepter tel que nous sommes, mêmes si nous avons tel ou tel défaut, est un pas vers le respect que nous avons le droit de nous accorder. Se respecter permet d’agir avec confiance et de récolter ce que nous semons. La relation aux autres se pacifiant, les retours positifs génèrent des émotions de satisfactions qui amplifient encore plus ce respect soi.

Et pour le besoin d’être en confiance, que traduit-il ?

La confiance, la méfiance, la trahison, des termes forts pour caractériser notre relation à l’autre mais qui est vraiment l’autre. Comment se manifeste-t-il et d’où vient-il ?

Comme les autres blessures, celle-ci fait partie du ressenti émotionnel de l’enfant et de ce qu’il a intégré en réponse à ses peurs. Pour l’enfant, avoir confiance en ses parents, c’est cultiver un sentiment de sécurité en se sentant protégé, exister et pouvant vivre, y être autorisé.
Si cette sécurité est mise en défaut, à l’échelle émotionnelle de l’enfant, alors s’active la blessure d’abandon et toutes les croyances qui arrivent en lot pour entretenir ce sentiment. Quand la trahison est réelle, nous entrons dans un schéma plus complexe à évacuer.

Demander plus de signes de reconnaissance, d’attentions, de présences pour ne pas être seul, ne pas devoir être autonome et donc se rassurer par la dépendance à l’autre, dans la fusion, dans la négation de qui nous sommes en devenant la prolongation de l’autre.
La confiance que nous voulons trouver en l’autre, témoigne de notre propre méfiance vis-à-vis de nous-mêmes, sentiment induit de notre image qui avait provoqué jadis, cet abandon ressenti. Quand l’enfant se sent trahi, il remet en cause sa capacité et sa nécessité à être puisque sa sécurité n’était pas vitale aux yeux de ses figures tutélaires.

Il va alors se forger une carapace pour se rendre autonome et dépendant de personne pour lutter contre cette peur d’abandon et ne pas la ressentir à nouveau. Il va également chercher à combler ce sentiment inaccompli de sécurité dans la relation à l’autre basée sur la confiance. Ce paradoxe de se sentir fort et puissant dans l’action et se sentir dépendant dans la relation active des émotions contradictoires qui le parasitent.

Des malentendus, des non-dits, des conflits dans ses relations seront des sources d’inquiétudes, inquiétudes qu’il évitera en atténuant toutes les sources possibles de désaccord. Si malgré cela, une tension apparaît, l’impression d’avoir failli, d’avoir froissé l’autre, une émotion forte jaillira sur laquelle il lui faudra travailler pour la dissoudre. Cette maîtrise ne peut se matérialiser en colère, sentiment qui pour lui est inacceptable car source de mésentente. Il lui faut faire bonne figure en public et ruminer sa peur dans l’ombre tapie de ses doutes et de ses émotions.

Ces relations basées sur la peur de les perdre vont donc adapter le comportement pour tenir un rôle acceptable et compatible, rôle qui ne pourra qu’atténuer ce risque d’abandon supposé. Le contrôle des émotions pour ne pas froisser l’autre est une énergie retournée contre soi, épuisante et qui stimule la peur d’abandon, entraînant l’engrenage de cette blessure.

Il s’agit d’évacuer ce sentiment d’abandon enfoui d’une histoire lointaine et calé sur des échelles d’intensité sans rapport avec celles d’aujourd’hui. Quand naît la confiance dans sa valeur pour être Soi avec les autres et se sentir accepté pour Soi alors ce n’est plus la demande égotique qui se manifeste comme auparavant et la confiance s’installe. Cette blessure d’abandon se dissout au profit de relations naturelles de partages authentiques.

Quand nous transcendons l’énergie négative de ces blessures, de ces besoins, il est alors possible de verbaliser ses sensations sans jugement, sans comparaison et avec la sérénité de transmettre dans l’accueil de l’autre, pour l’autre mais d’abord pour soi. Il est alors possible de pouvoir dire, entendre et écouter en se sentant pleinement centrés sur l’ici et maintenant et avec l’autre. Vivre la relation telle qu’elle est et non telle que nous voulions qu’elle soit nous permet de la ressentir avec l’intensité de nos émotions principales et non avec des émotions réactionnelles issues de nos croyances enfouies.

©2012 – Michel Schauving (03/04/2012)

Une définition du couple

Le couple, quelque soit le sexe des partenaires, est la rencontre de deux énergies, masculine et féminine, deux énergies qui vivent en chacun de nous.

Nous abritons l’histoire de notre famille, les énergies de ses membres, énergies que nous avons intériorisées, que nous avons développées, que nous avons exacerbées mais que nous avons aussi niées ou refoulées. Ces énergies constituent notre bagage émotionnel et sensitif.

Entrer en relation, c’est chercher une adéquation entre nos énergies et celles de l’autre, c’est accepter la multiplicité de celles-ci et en tout premier lieu, accepter notre propre diversité intérieure.

La tradition orientale de non-dualité nous enseigne que tout existe par son contraire, que des énergies, opposées dans leurs essences, sont nécessaires pour accorder une complétude à chacun de nous, au couple, à la vie. Sans la nuit, comment pourrions-nous percevoir que le jour existe, sans le froid, le chaud pourrait-il se manifester ?

Ces énergies ne s’opposent pas dans la pratique mais bien au contraire, elles cohabitent, se complètent et permettent à l’énergie opposée d’exister tout en conservant leurs caractéristiques respectives.

Un couple est donc la fusion de ces deux énergies, féminine et masculine, ces deux énergies sont elles-mêmes héritées des deux énergies de chacun de nos parents. Nous les connaissons peu, les ressentons peu en tant que telles mais elles nous procurent des émotions intenses, des projections, des transferts, des inhibitions, des croyances. Nos douleurs, nos peurs, nos frustrations d’enfance, ainsi que nos traumatismes ont forgé notre perception des figures parentales, du couple mythique qu’elles représentent. Des distorsions peuvent naître de ces perceptions faussées, cela engendre des conflits intérieurs, des manques à combler, des transferts que nous effectuons sur les personnes rencontrées.

Travailler sur son couple,

  • c’est percevoir l’agitation qui nous anime,
  • c’est ressentir ces énergies qui s’affrontent, qui se renient, qui se refoulent,
  • c’est prendre conscience du fonctionnement limitant de nos émotions car elles ne sont pas authentiques, elles sont habillées du poids de nos contradictions, de l’impact de notre histoire.
  • c’est trouver un équilibre entre les énergies qui nous composent mais également trouver un équilibre avec les énergies que l’autre nous apporte.

L’harmonie du couple se situe dans l’observation et l’acceptation de ses propres énergies et dans la reconnaissance et la compréhension de celles de l’autre.

Le mille-feuille des émotions…

Comme le cerveau, qui a conservé dans sa construction, les trois strates majeures de l’évolution de notre espèce, le registre des émotions a également subi cette même adaptation à trois niveaux.

La préoccupation principale d’une espèce est de vivre et survivre, c’est-à-dire maintenir son intégrité physique pour se reproduire et assurer une préservation de l’espèce.

Vivre, c’est se donner la capacité de maintenir notre corps dans un état compatible avec notre fonction de reproduction.
Survivre, c’est vivre au delà de soi, c’est assurer un renouvellement de l’espèce par la procréation.

En faisant un parallèle entre l’évolution des espèces et la formation d’un individu, physique et psychologique, je vous propose une analyse de ce qui anime nos actes, génère nos émotions et construit nos pensées.

dinosaure© Muséum d’Histoire Naturelle – Christian Jégou

Au stade primaire, il s’agit de se reproduire à la période la plus propice pour cela, c’est-à-dire lorsque les conditions de l’environnement sont les plus favorables à la survie de la progéniture. Cela se traduit par la recherche du climat adapté, de l’abondance de nourriture, de l’éloignement des prédateurs mais aussi par des stratagèmes mis en place pour cacher, camoufler les œufs en incubation. Ces conditions sont plus propices dans certains lieux ou à certaines époques de l’année d’où les phases de reproduction qui se concentrent sur une période rapprochée, dans des lieux précis et reconduits d’année en année en fonctions des espèces.

Nous remarquons souvent le dépôt et l’abandon des œufs dans leurs environnements, sécurisés au mieux, et le détachement des géniteurs qui repartent en quête de subsistances pour continuer à vivre. Il n’y a pas d’attachement à la descendance mais uniquement le devoir accompli sans aucune décision consciente. Il ne s’agit pas encore d’émotion, mais d’instinct. C’est ainsi que cela doit se faire maintenant car demain n’existe pas…

A la seconde strate, celle de l’appartenance au groupe, de la relation à l’autre, la sphère émotionnelle s’est invitée en intégrant la notion de besoin dans l’échange sexuel instinctif. Il s’agit de se reproduire mais aussi que les nouveaux nés soient bien portants, puissent se développer, grandir et prendre la relève. Par des signaux chimiques, sonores et visuels, nous assistons à la recherche du partenaire le mieux disposé pour assurer une descendance capable de résister aux risques de l’environnement. Ces signaux instinctifs donnent naissances aux émotions qui deviennent le langage et l’interprète du corps.


©2013 Michel Schauving

Les périodes de reproduction deviennent plus longue et plus fréquentes et la progéniture est de plus en plus suivie et protégée jusqu’à la naissance. L’œuf passe de l’incubation à la gestation, il ne grandit plus hors mais dans le corps de la mère. S’en suit une période de sevrage qui va augmenter au fil du renouvellement des espèces. L’âge de l’autonomie ne cesse d’augmenter provoquant une responsabilité parentale plus longue pour subvenir aux besoins et à la survie de la progéniture. La fonction de reproduction s’habille d’émotions pour favoriser le meilleur géniteur pour espérer obtenir la meilleure descendance et pouvoir ensuite en assurer la survie.
Chez les mammifères, les relations au sein du groupe vont alors évoluer vers une compétition, une rivalité et des affrontements pour être choisi ou choisir son ou sa partenaire.
Ces rivalités pour la survie de l’espèce vont donner naissance à un flot d’émotions relationnelles qui vont s’amplifier et se fondre avec les émotions sensorielles primaires. Par ces émotions, l’acte reproductif devient sexualité. Le système de récompense s’installe, la recherche du plaisir et la démonstration de force comme indicateur du plus méritant à procréer.
Demain n’existe toujours pas mais la notion de temps devient perceptible dans les rituels qui s’installent. Les comportements s’adaptent à chaque situation, au jour le jour afin d’être prêt à affronter ce qui peut arriver.

dinosaure

Dans la troisième strate, nous assistons à une conceptualisation des émotions, du plaisir et des relations sociales. Les croyances qui se développent sont directement issues du positionnement de l’individu au sein du groupe et des moyens qu’il a mis en œuvre pour définir son rôle, sa fonction et son importance vis à vis des autres. L’anticipation et le souvenir s’intègre dans les décisions, et ce faisant, perturbent les émotions primaires en insufflant des émotions attachées à un autre moment que l’instant présent.
Les émotions liées à ces pensées donnent naissances aux jeux psychologiques et vont se fondre aux émotions issues des deux strates précédentes. L’image prend alors l’ascendant sur le fond pour rivaliser avec l’autre. Les frustrations, les souvenirs, les craintes, les attentes, les désirs et les besoins vont influencer notre relation dans des jeux de pouvoirs, de séductions, de dépendances afin d’obtenir les faveurs de l’autre et alimenter sa fonction primaire de vie et de survie.
Quand ces jeux de pouvoirs prennent le dessus sur la fonction initiale qui était la survie de l’espèce, nous entrons dans des schémas complexifiés de nos comportements et avec lesquels nous pouvons nous sentir décalés et mal à l’aise. Des émotions contradictoires se percutent et troublent notre conscience. Les émotions qui s’animent dans ces trois composantes ne sont ni positives, ni négatives par elles-mêmes mais par l’interprétation que nos pensées en font. Les émotions sont des réponses de notre corps à la situation qui se produit dans l’instant.

Aujourd’hui, l’être humain a dépassé ce besoin primaire de survie de l’espèce par la reproduction mais cette compulsion s’active encore et les émotions primitives sont toujours présentes au fond de nous et se confondent avec nos émotions cognitives, relationnelles et sensorielles.
Ces diverses émotions communiquent entre elles, s’affrontent, se contredisent ou s’amplifient et marquent leurs empreintes dans notre corps, dans nos pensées, dans nos croyances et dans notre relation à l’autre.
Dès lors, faire la part des choses dans nos comportements devient compliqué si nous le faisons sans tenir compte de ces trois composantes successives et distinctes de notre personnalité. Ces trois composantes existent en chacun de nous bien que développées à des niveaux différents.
Accorder nos émotions sur ces trois registres, c’est les percevoir, les voir et les gérer non pas par le contrôle, ou par le refoulement inconscient mais par le choix libre et entier de les exprimer ou non. Il ne s’agit plus de gaspiller notre énergie à les combattre, mais de les laisser suivre leurs chemins vers notre conscience pour les évaporer ou les savourer.

Circuits neurobiologiques de la motivation sexuelle chez les mammifères
par Yohan Castel (wikimedia)

Les émotions qui régissent nos comportements ou nos comportements qui provoquent nos émotions sont les deux faces d’un même principe, celui de notre relation à l’autre. Ces échanges relationnels s’appuient donc sur l’énergie de vie et de survie qui nous met en action. La survie de l’espèce comme premier vecteur de celle-ci, a fait émerger tout ce bagage émotionnel dans nos modes de communication, allant bien au delà de cette compulsion première. Par la suite, ces échanges relationnels ont donné naissance aux us et coutûmes du groupe qui forgent le lot de nos croyances sur ce qui est ou n’est pas, sur ce qui peut se faire ou ne peut pas, sur ce que je mérite ou ne mérite pas. Ces us et coutûmes forment le générateur d’émotions cognitives qui est chargé de surveiller nos émotions relationnelles en les cataloguant comme recevables ou non, comme positives ou négatives selon des critères qui ne dépendent pas de la réalité mais de l’image que nous en avons, selon des schémas hérités de notre éducation.

Comme les nuages, les émotions nous montrent ce que nous voulons y voir