En ce matin lointain, la brume m’accompagnait sur le chemin du labeur…

Les reflets irisés qui baignaient la route du bois de St Cucufa rendaient irréels ce trajet quotidien.
Ses contours incertains laissaient vagabonder l’imagination et lorsqu’au bout de cette route, à coté du feu rouge se dressait une forme inhabituelle, je me pris à rêver à quelques monstres imaginaires, quelques lointains animaux sauvages propulsés dans cet univers cossu de la banlieue huppée de Versailles.
Imperceptiblement, vers le feu j’avançais et lentement cette forme prenait vie. D’abord une masse imposante se dressait sur un édifice qui paraissait frêle mais qui bien vite se révélait être composé de quatre pattes bien solides, celles d’un dromadaire tranquillement installé là, à côté du feu. Il semblait attendre qu’il passe au rouge pour rejoindre sa compagne de l’autre côté de la route afin d’aller batifoler dans le bois de St Cucufa.
Malheureusement, les cordes qui maintenaient solidement chacun de ces dromadaires faisaient obstacle à cette envie d’escapade buissonnière et ces pauvres bêtes se consolaient par des regards doux et complices qui illuminaient ce carrefour par trop austère.

Ce que mes yeux voyaient, ma raison le refusait et faisait tournoyer un lot d’dromadaire en bord de routeexplications toutes aussi improbables pour expliquer l’inexplicable. Ma raison s’y perdait en voyant aux côtés de ce dromadaire un groupe de lamas qui s’attaquaient aux feuilles de troènes au travers du grillage qui bordait un stade.
Mais elle fût soulagée quand elle fit que dans ce stade, faisait étape l’un de ces cirques ambulants qui de ville en ville, apportent rêve et dépaysement dans ces grisailles urbaines.

La brume s’était levée, la réalité reprenait le dessus, le bureau approchait, le rêve s’évaporait mais le souvenir s’enracinait, s’en allait rejoindre ces petits plaisirs quotidiens qui forment la rivière du bonheur.

Quand le ressenti, la vibration de ce qui est, l’emporte sur le réel, alors une sensation passionnante s’installe en nous, dans ce bref instant qui suspend le temps pour mieux le savourer et que nous voulons engranger au plus profond de nous, pour illuminer autant que possible, cette nouvelle journée…

©2010 – Michel Schauving